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Une grande dame nous quitte... Au revoir Andrée Champagne

11 Juin 2020

L’Union des artistes a appris avec une immense tristesse le décès de la comédienne Andrée Champagne, qui a aussi été animatrice, politicienne et sénatrice. Rappelons qu’elle a siégé au conseil d’administration de l’UDA à partir de mai 1979 pour occuper par la suite le poste de vice-présidente de l’Union, de 1981 à 1983, puis celui de secrétaire générale, de 1983 à 1984. L’UDA offre ses plus sincères condoléances à sa famille et à ses amis ainsi qu’à sa grande famille artistique et politique.

Née en 1939 à Saint-Hyacinthe, Andrée Champagne obtient un diplôme en lettres de l’Institut Notre-Dame-de-Lorette de Saint-Hyacinthe et un brevet d’enseignement en piano. Elle qui a rêvé d’être chanteuse soprano se tourne finalement vers le théâtre après avoir suivi pendant plusieurs années des  cours de diction et une formation en théâtre avec Mme Audet.

Henri Norbert lui fait passer des auditions générales à Radio-Canada où Paul Hébert la remarque et lui offre le rôle de Bianca dans La Mégère apprivoisée de Shakespeare jouée au premier théâtre d’été, le Théâtre de Saint-Adèle, en 1956. C’est au cours de cet été qu’on lui offre le rôle de Donalda Poudrier qu’elle a incarné dans Les belles histoires des pays d’en haut pendant près de 14 ans, soit de 1956 à 1970. Un personnage qui a marqué toute une génération de téléspectateurs. Elle n’avait que 17 ans à l’époque. Parallèlement à sa carrière de comédienne, André Champagne, qui était parfaitement bilingue, devient animatrice des cérémonies d’ouverture de l’Expo 67 et animatrice de l’émission Visite à l’expo dans les deux langues officielles, diffusée à Radio-Canada. Par la suite, elle a obtenu le poste d’annonceure en anglais aux Jeux olympiques de 1976.

Marquée par son rôle de Donalda, Andrée Champage se retrouve dans un creux dans les années 1970 lorsque l’émission Les belles histoires des pays d’en haut prend fin; elle dira au cours d’une entrevue avec Pierre Donais en 2012 qu’elle s’était teinte en rousse à l’époque pour faire oublier la blonde Donalda… C’est en aidant une jeune comédienne qu’elle découvre que certaines personnes se font payer à la fois par le producteur et les artistes la distribution de rôles et les convocations aux auditions, chose « qui ne tient pas de bout », dira-t-elle en entrevue. Elle décide donc de fonder la première agence de casting à Montréal, Duo Casting, après être allée à Toronto et à New York pour voir comment on faisait.

C’est en 1979 que le comédien Robert Rivard, alors président de l’UDA, invite Andrée Champagne à joindre le conseil d’administration à la suite du départ d’un comédien. Elle est donc cooptée. « J’y ai pris goût. C’est là que je me suis concentrée sur l’un des dossiers : le droit d’auteur. Le Canada n’était même pas signataire du traité de Rome. On se cognait à des portes closes. ».

C’est aussi à cette époque qu’elle fonde la maison de retraite pour les artistes, Le Chez-nous des artistes.

Son travail sur la politique relative aux arts et à la culture l'a amenée à traiter avec des représentants de divers paliers du gouvernement. Elle approche l’équipe de Brian Mulroney qui vient d’être élu chef du Parti progressiste-convervateur pour défendre le dossier du droit d’auteur. Elle se laisse convaincre par l’équipe de Brian Mulroney à se présenter en politique pour faire avancer ce dossierà Ottawa.

Élue comme députée de la circonscription de Saint-Hyacinthe-Bagot en 1984, elle est nommée ministre d’État à la Jeunesse en 1985, à quelques mois de l'Année internationale de la jeunesse. Réélue en 1988, Andrée Champagne s’implique particulièrement dans les dossiers des langues officielles et de la francophonie. En 2012, lors d’une entrevue, elle se souvient du dernier geste de Brian Mulroney à titre de premier ministre, en 1992, soit la signature du décret qui donnait naissance à la Loi sur le statut de l’artiste au Canada, ce qui l’avait marquée, elle qui avait toujours défendu les droits des artistes sur plus d’un front.

Après son passage en politique, elle revient au jeu et on peut la voir notamment dans Scoop, Omertà et Juliette Pomerleau.

Comme le mentionne Sophie Prégent, « Andrée Champagne fait partie de ces monuments qui ont défriché le terrain, qui ont pavé la voie aux actrices qui ont suivi et dont je fais partie. Sa douceur et son élégance se reflétaient dans sa façon de travailler avec les gens. Mais si elle était une femme de cœur, elle était aussi une femme déterminée. Et il fallait l’être pour fonder à cette époque la première maison de casting à Montréal. Tout au long de sa carrière, Andrée Champagne était mue par son désir d’aider les artistes, et en cela, nous lui devons beaucoup. »

Enfin, sénatrice de 2005 à 2014, Andrée Champagne a été nommée membre de l’Ordre du Canada en 2018 et commandeur de l'Ordre de la Pléiade, en 1991 (Ordre de la Francophonie et du dialogue des cultures).