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Un rêve sans fin!

1 Décembre 2012
Raymond Legault
Décembre 2012


Depuis 1937, l’Union des artistes et ses membres ont travaillé d'arrache-pied pour faire reconnaître leurs professions et le droit à une rémunération équitable. Soixante-quinze ans de batailles et de luttes. Dans l’histoire de l’humanité, ces 75 ans représentent à peine un frisson à la surface de l’océan.

Depuis que l’Homo sapiens a découvert et développé le langage, il y plus de 200 000 ans, il a cherché à raconter l’histoire de ses chasses, de ses découvertes, de ses peines, de ses misères, de ses joies, de ses peurs, de ses échecs, de ses rêves, à conserver la mémoire de ses ancêtres de génération en génération. Il a créé des histoires pour expliquer ce qu’il ne comprenait pas, pour rendre supportables son angoisse de vivre et sa mort inéluctable.

Les conteurs de légendes et les peintres des cavernes comme celle de Lascaux apparaissent et font partie intégrante des minisociétés d’alors. Certains conteurs se promènent de tribu en tribu pour amuser, divertir, faire vivre des émotions, créer des ambiances et du bonheur en évoquant des légendes et des histoires qu’ils réinventent à chaque fois. Qu’ils soient nomades ou sédentaires, les artistes de ce temps préhistorique sont reconnus par la tribu et ont un statut social important. Ils ont droit à une quote-part de la chasse ou de la cueillette et sont nourris et logés. Les sociétés d’alors ont toujours su témoigner, à l’endroit de leurs artistes, respect et reconnaissance de l’importance de leur rôle.

La plupart d’entre nous ont eu des contacts directs avec les legs artistiques que nous ont laissés les grandes civilisations comme celles des Sumériens, des Perses, des Grecs, des Romains, des Aztèques, des Mayas, des Chinois, des Indiens pour ne nommer que celles-là. À l’ère moderne, des nations comme celles des Russes, des Hongrois, des Espagnols, des Anglais, des Japonais, des Français, des Italiens, etc., ont toutes fait une place importante aux différentes formes d’art.

Pourquoi la société actuelle n’a-t-elle pas la même reconnaissance à l’endroit de ses artistes ? Pourquoi le financement des arts est-il si précaire ? Pourquoi ces travailleurs n’ont-ils pas droit aux mêmes protections que les autres travailleurs de la société ?

Il y a 75 ans, des chanteurs lyriques ont solidairement demandé un paiement honorable pour leur talent et l’ont obtenu. Fondamentalement, toutes les batailles de l’Union des artistes depuis sa création pointent vers la même direction : une reconnaissance de ce qu’ils sont et de ce qu’ils créent. La première démarche vers cette pleine reconnaissance par la société de la condition et du rôle de l’artiste est l’affirmation solennelle de cette condition et de ce rôle par les artistes eux-mêmes.

Et si on rêvait que cette reconnaissance soit inscrite dans un texte qui tracerait les grandes lignes du rôle et des responsabilités de l’artiste dans la société et du rôle et des responsabilités de la société envers ses artistes, une charte de l’artiste serait assurément une incarnation extraordinaire de ce rêve.

À l’heure où la connaissance se démocratise, où les moyens de communication se développent exponentiellement et se libèrent des réalités territoriales et sociodémographiques, rêvons encore plus haut et travaillons à une charte internationale incarnant les aspirations de tous les artistes du monde.

Une charte de l’artiste qui reconnaît que l’artiste inscrit, transpose et partage sa vision du monde à travers son art en toute liberté d’expression, qu’il représente sa société avec respect et ouverture face à l’humanité et que sa condition d’artiste et son rôle doivent faire l’objet d’une pleine reconnaissance par la société qu’il contribue à enrichir humainement, économiquement et socialement.


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