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Réaction de Sophie Prégent à la lettre de Marc-André Grondin publiée sur Twitter

8 Novembre 2017

Monsieur Grondin,

J’ai bien lu le message que vous m’avez adressé ce matin, et je souhaite prendre le temps d’y répondre. Comme vous vous en doutez, vos propos ont suscité chez moi différentes émotions.

D’un côté, si j’ai dit quelque chose ce matin qui a pu être interprété par vous ou d’autres comme un manque de compassion à l’égard de personnes affectées par le comportement de M. Archambault, je m’en excuse sincèrement.

Ce que j’ai vécu en tant que comédienne – ou ce que je n’ai pas vécu – n’enlève rien à ce que d’autres ont pu vivre et ressentir. Et cela ne signifie en rien que toutes les choses que je n’ai pas vues ou entendues ne se sont pas produites. J’aurais pu décider lors de cette entrevue de ne pas répondre aux questions qui concernaient la comédienne que je suis. Je l’ai fait. Par souci de transparence, et parce qu’on m’aurait accusée de taire ou de cacher des choses, ce qui aurait fait dévier le débat et n’aurait en rien aidé les membres de l’UDA concernées qui décideront éventuellement de porter plainte au sujet de ce qui se serait produit.

D’un autre côté, depuis le début de toutes les révélations il y maintenant plusieurs semaines, j’ai dit et répété à chaque occasion qui se présentait que l’Union des artistes soutient toute personne qui souhaite porter plainte ou obtenir de l’aide et que nous avons des professionnels formés pour leur répondre.

Je rappelle que l’UDA a mis en place il y a plusieurs années un espace confidentiel, neutre et sécuritaire qui permet aux personnes de s’exprimer et de trouver les meilleures façons d’intervenir pour prévenir, condamner ou corriger toutes situations de harcèlement ou d’abus.

C’est pour cette raison que les plaintes à l’UDA sont traitées par des employés spécialement formés et indépendants.

Au cours des dernières semaines seulement, nos professionnels ont reçu une trentaine d’appels. De plus, nous sommes allés chercher des ressources supplémentaires pour compléter celles qui sont déjà disponibles à l’UDA. Une clinique juridique et sociale de deux jours a notamment été mise sur pied entre autres en collaboration avec Juripop et le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels de Montréal (CAVAC) afin de mettre des experts à la disposition des artistes pour les aiguiller dans leurs démarches et de leur offrir l’aide nécessaire, en fonction des besoins et des volontés de chacun, de même que pour démystifier le processus de dépôt d’une plainte de harcèlement ou d’agression sexuelle. Une centaine de demandes d’information ont été enregistrées.

Constatant que les mesures déjà en place avant le « Tsunami post-Weinstein » n’étaient pas suffisantes pour prévenir ce genre de situations dans le futur et éviter qu’elles se reproduisent, j’ai pris l’initiative d’aller plus loin, en concertation avec une vingtaine d’associations, regroupement et organismes représentant les producteurs, les artistes et les artisans du milieu culturel pour mettre en place une politique visant à éliminer toute forme de harcèlement ou d’abus, et en mobilisant toutes les ressources internes de l’UDA. 

Chaque révélation est bouleversante. Chaque dénonciation mérite qu’on s’y attarde. Chaque fois, cela nous confirme que nous devons faire tout ce qui est possible pour défendre le droit des artistes et des artisans du milieu culturel de travailler dans un environnement respectueux et exempt de situations d’abus ou de harcèlement. Il n’y a plus de place pour ce genre de comportement.

Ce que je retiens de votre commentaire comme de tous les messages d’appuis que je reçois depuis des semaines, c’est que nous sommes tous d’accord là-dessus. Et je vous assure que je reste tout aussi déterminée à ce que les choses changent, et à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour y arriver.

Encore une fois, Monsieur Grondin, si j’ai dit quelque chose ce matin qui a pu être interprété par vous ou d’autres comme un manque de compassion, je m’en excuse sincèrement.

Sophie Prégent
Présidente de l'Union des artistes