Vous êtes ici

Partager sur

Les comédiens Catherine Bérubé et Patrick Labbé floués!

7 Février 2017

Secret d’hiver, une production aux apparences trompeuses


Quand ils ont entrepris au printemps 2015 le tournage du long-métrage Secret d’hiver, une coproduction France-Québec, les comédiens Catherine Bérubé et Patrick Labbé étaient loin de se douter qu’ils se retrouveraient à la une de l’infolettre de l’Union des artistes pour mettre en garde leurs pairs contre la productrice Marie-Ange Barbancourt. C’est que le projet de long-métrage, qui avait toutes les apparences d’un projet sérieux, s’est révélé « une mise en scène spectaculaire », selon Patrick Labbé, extrêmement déçu et choqué par le comportement de la productrice. « Nous avons été floués comme deux beaux gros caves! ».

« Floués » est le mot juste : Catherine Bérubé et Patrick Labbé, les deux comédiens de la coproduction québécoise, n’ont jamais vu la couleur de leur cachet pour la vingtaine de jours de tournage, ni d’ailleurs les deux autres comédiens membres de l’UDA qui ont aussi fait partie de la distribution de Secret d’hiver.

L’Union des artistes a aussi été flouée. Comme quoi personne et aucune organisation n’est à l’abri des gens sans scrupules.

Chronique d’une production irrégulière

Catherine et Patrick ont été approchés par Marie-Ange Barbancourt, la productrice québécoise et actionnaire principale de Caméra Lynx Pictures, à l’automne 2014, qui leur a présenté Secret d’hiver, un long-métrage ayant pour trame des secrets de famille, l’autisme et un voyage initiatique. Le film raconte l’histoire de Camille, une avocate parisienne qui vient de perdre sa mère et dont le testament l’oblige à venir répandre ses cendres au Québec. Elle y découvre une demi-sœur autiste Asperger et pianiste, Dominique, personnage interprété par Catherine Bérubé. À la mort de son père, Dominique se retrouve sous la tutelle de Philipe, le meilleur ami de son père (et de Camille), interprété par Patrick Labbé.

Pour les deux acteurs, Secret d’hiver était un projet intéressant et sérieux. Et d’autant plus que, pour Catherine, interpréter une autiste surdouée représentait un beau défi.

Patrick Labbé affirme que « Marie-Ange est une femme flamboyante, exubérante, qui parle beaucoup. Au cours des discussions sur le projet, elle nous a parlé d’un éventuel voyage à Paris, car elle tenait, semble-t-il, à nous présenter l’équipe française. »

Contre toute attente – ce genre de voyage est plutôt rare selon les gens du milieu –, Catherine Bérubé et Patrick Labbé séjournent à Paris en novembre 2014, soit quatre mois avant le début du tournage au Québec, accompagnés de Marie-Ange Barbancourt qui paie les frais liés au voyage.

« Elle nous en a mis plein la vue!, s’exclame Patrick. À ce moment-là, rien ne pouvait semer le doute dans mon esprit sur le sérieux de la chose. Mais avec le recul, j’ai l’impression que Marie-Ange a voulu nous éblouir, nous endormir… Elle est tellement exubérante, tellement enthousiaste, tellement volubile qu’on n’a pas le temps de poser des questions, ni même le temps d’y penser. C’est un vrai tourbillon. »

Même son de cloche du côté de Catherine, qui ajoute : « Mon agente m’avait avertie que “ça n’arrive jamais”, quand je lui avais parlé du fameux voyage à Paris. Comme Marie-Ange a tenu parole pour Paris, je me suis dit qu’elle avait les moyens financiers de réaliser le film. »

La production est-elle en règle?

Soulignons tout d’abord que Marie-Ange Barbancourt n’en est pas à sa première production cinématographique. Elle connaît donc les étapes à suivre.

Les contrats des comédiens sont signés le 2 mars 2015. Quand on demande à Patrick et à Catherine si, à leur connaissance, la production était en règle, ils répondent par l’affirmative. « Je n’ai pas le réflexe de vérifier ce genre de chose, précise Patrick, c’est la job de mon agente! », et Catherine d’abonder dans le même sens.

Comme elle n’est pas membre de l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM), Marie-Ange, comme productrice indépendante, doit signer une reconnaissance de juridiction de l’Union la liant à l’entente collective UDA-AQPM afin d’être en règle avec l’Union, ce qu’elle fait le 2 mars également. C’est Catherine Leszkiewicz, conseillère en relations du travail, qui s’occupe du dossier. Mme Barbancourt convient avec Mme Leszkiewicz de venir payer les frais prévus à l’entente collective la semaine suivante, en précisant qu’elle ne connaît pas encore les dates de tournage.

Une première irrégularité de la productrice 

Marie-Ange Barbancourt a fait signer les contrats des comédiens la même journée qu’elle a signé la reconnaissance de juridiction qui la lie à l’entente UDA-AQPM. Or, comme elle n’a pas payé les frais prévus à l’entente le 2 mars, sur la promesse de le faire la semaine suivante, elle ne pouvait donc pas faire signer un contrat aux comédiens. En effet, l’Union envoie les contrats à la production seulement lorsqu’elle a reçu les montants prévus à l’entente.

Et Marie-Ange le sait, puisque ce n’est pas sa première production. C’est donc en toute connaissance de cause qu’elle commet cette irrégularité.

Mais les comédiens et leur agente ainsi que l’UDA ignorent tout de cette situation.

Entretemps, Catherine et Patrick se préparent à leur rôle, comme ils le font pour toute production. Ils visitent des centres pour se familiariser avec la réalité de l’autisme et rencontrent des intervenants du milieu. Catherine débourse même pour des leçons de piano, car son personnage, pour qui la communication passe par la musique, exige d’elle une parfaite exécution d’une pièce au piano. « Je dirais que j’ai investi à peu près 30 heures pour les cours de piano et les répétitions et une vingtaine d’heures de recherche et de préparation pour le rôle. », mentionne la comédienne.

Le tournage débute, mais la production n’est pas en règle

Le tournage au Québec débute le 3 mars 2015, soit le lendemain de la signature de la reconnaissance de juridiction de l’UDA, alors que la productrice a déclaré à l’UDA ne pas connaître les dates de tournage!

Pourtant, Marie-Ange Barbancourt s’était engagée à payer à l’UDA les montants prévus à l’entente dans la semaine du 9 mars, paiement en retour duquel l’Union lui aurait fait parvenir les contrats à faire signer avant le tournage.

Aux dires des acteurs, les conditions sur le plateau ressemblaient à celles qu’on peut trouver sur d’autres plateaux. Selon Catherine, c’était un peu désorganisé, mais rien de majeur. « J’avais seulement des impressions », poursuit-elle. Le tournage s’échelonne sur une vingtaine de jours.

Patrick se souvient par contre qu’un comédien de l’équipe française lui a demandé si, lui, avait été payé, parce que les comédiens de l’équipe française ne l’avaient pas encore été. « Je ne connais pas les délais de paiement en France, mais en ce qui nous concerne, nous étions encore dans les délais selon l’entente collective, raconte Patrick. Par contre, j’avais trouvé bizarre ne pas avoir signé de feuilles de temps… ».

La productrice ment à l’UDA qui entreprend des actions syndicales

Le 17 mars, Catherine Leszkiewicz et Bruno Massicotte-Picard, de l’équipe des relations du travail, qui n’ont toujours pas reçu le paiement de la productrice, apprennent que le tournage est presque terminé!

C’est en faisant des vérifications d’usage à la suite d’un appel d’un comédien de la production pour une information que Bruno Massicotte-Picard le découvre. Il en déduit alors que les artistes n’ont pas signé de contrat UDA et qu’ils ne sont donc pas protégés, puisque l'UDA n'a jamais envoyé les contrats, faute de paiement. En effet, la productrice n’a jamais payé les frais malgré sa promesse de le faire dans la semaine du 9 mars 2015. 


Les comédiens Catherine Bérubé et Patrick Labbé en compagnie des conseillers en relations du travail de l'UDA, Bruno Massicotte-Picard et Catherine Leszkiewicz, de Sylvie Lahaie, conseillère en communication, et Pierre Blanchet, directeur du Service aux membres et des communications (absent de la photo, car photographe pour l’occasion), lors d'une réunion de travail à l'UDA.


Visite de plateau le 20 mars 2015

Sans nouvelles de Marie-Ange Barbancourt, Catherine Leszkiewicz et Bruno Massicotte-Picard, qui est aussi conseiller en relations du travail, effectuent une visite de plateau le 20 mars 2015. Ils y rencontrent les deux comédiens, Catherine et Patrick.

Les conseillers constatent que l’agente des acteurs a signé des contrats régis par l’ancienne entente collective UDA-APFTQ*, alors qu’une nouvelle entente UDA-AQPM est en vigueur depuis le 18 décembre 2013.

C’est que Marie-Ange Barbancourt a fait signer des contrats inutilisés d’une précédente production, chose interdite en vertu de l’entente collective. En effet, les producteurs ont l’obligation de retourner à l’UDA tout contrat inutilisé.

Il s’agit d’une autre irrégularité commise par la productrice en toute connaissance de cause.

Sur le plateau, Catherine et Bruno mentionnent donc à Marie-Ange Barbancourt que la production n’est pas en règle. La productrice s’engage pour la énième fois à se présenter aux bureaux de l’UDA la semaine suivante afin de régler le tout.

Mais force est de constater que la productrice n’a jamais donné suite aux demandes de l’Union et qu’elle fait fi des règles élémentaires régissant l’application de l’entente collective.

Entretemps, Micheline Saint-Laurent, l’agente des deux principaux acteurs, a tenté de joindre la productrice, mais sans succès.

Envoi d’un grief à la production

Comme elle s’y attendait, l’UDA n’a reçu aucun appel de la production en date du 27 mars 2015. Elle envoie donc un grief afin de réclamer les documents et sommes dues : contrats, feuille de temps, paiements, frais, etc., et en informe l’agente Micheline Saint-Laurent.

L’UDA demande l’arbitrage au ministère de la Culture et des Communications

Comme l’UDA ne reçoit aucunes nouvelles à la suite du dépôt du grief, elle transmet le dossier en arbitrage et envoie, le 22 mai 2015, une demande de désignation d’arbitre au ministère de la Culture et des Communications.

En juin 2015, l’arbitre désigné fixe la tenue de l’audience au 29 février 2016.

L’arbitre donne raison à l’UDA

Le 17 mars 2016, l’arbitre rend sa décision : il donne raison à l’UDA et ordonne à la production de payer le montant réclamé par l’Union, soit 80 000 $ pour couvrir les frais et les cachets des artistes.

D’ailleurs, l’arbitre écrit dans sa décision que : « […] Le Tribunal, […] ne peut venir à une autre conclusion que celle de constater que l’UDA et les artistes ont été induits volontairement en erreur par Madame Marie-Ange Barbancourt. […] Ses explications ne tiennent pas la route. […] Elle a fait travailler les artistes alors qu’elle savait qu’ils ne seraient pas payés. […] »

Les quatre comédiens n’ont jamais reçu le paiement de leur cachet car la compagnie à numéro derrière Caméra Lynx Pictures, dont l’actionnaire principale est Marie-Ange Barbancourt, n’a pas de fonds.

Une productrice qui maîtrise l’art de se dérober

Marie-Ange Barbancourt n’a jamais daigné s’expliquer ni à l’UDA, ni à Catherine Bérubé, ni à Patrick Labbé.

Pour Patrick, c’est ce qui est le plus insultant. « Marie-Ange Barbancourt ne m’a jamais appelé pour s’expliquer ou pour tout simplement s’excuser, s’exclame-t-il. Ce n’est pas tant pour l’argent que pour le principe. Si les choses sont faites correctement, on peut s’entendre. Mais ici, on ne parle pas d’un imprévu qui aurait retardé le financement du film, en tout ou en partie. C’est insultant de réaliser que Marie-Ange Barbancourt était mal intentionnée dès le départ! »

« Le pire, selon Patrick, c’est qu’elle pourrait encore profiter de nous en utilisant nos noms pour séduire des comédiens et les convaincre d’embarquer dans d’autres de ses soi-disant ʺprojetsʺ! »

Comme l’a dit Catherine, « notre plus grand échec serait que d’autres artistes se fassent flouer par Marie-Ange Barbancourt ».

Patrick s’explique difficilement comment cette femme peut continuer à produire et il s’inquiète aussi du fait que des producteurs comme Marie-Ange Barbancourt gravitent autour de l’argent public. « Marie-Ange est au milieu du cinéma ce que Vincent Lacroix était au milieu de la finance! Ce type de personne, on n’en veut pas dans l’industrie! »

Aujourd’hui, avec le recul, si c’était à recommencer, qu’est-ce que Catherine et Patrick feraient de différent?

Pour Catherine, c’est de se fier à son instinct, et c’est le conseil qu’elle donne. « Fie-toi à ton feeling, si tu as des doutes, n’hésite pas à demander à ton agent de vérifier certaines choses, car il n’est pas sur le plateau de tournage pour voir ce qui cloche. Et si vous n’avez pas d’agent, téléphonez à l’Union pour qu’elle puisse vérifier si la production est en règle, par exemple. »

Au moment d’écrire ces lignes, le film n’a jamais été diffusé et aucun paiement n’a été fait aux quatre comédiens membres de l’UDA.

La compagnie de Marie-Ange Barbancourt déclarée producteur irrégulier

Le Tribunal n’a pas hésité à déclarer la société par actions 9317-3946 Québec Inc., dont Madame Marie-Ange Barbancourt est actionnaire unique, producteur irrégulier avec toutes les conséquences que cette détermination entraîne, dont celle d’être retirée de tout marché d’exploitation conformément à l’alinéa 10-3.07 e) de l’entente collective UDA-AQPM.

* L'Association québécoise de la production médiatique (AQPM) s’appelait auparavant l’Association des producteurs de films et de télévision du Québec (APFTQ).

 


Bruno Massicotte-Picard, Catherine Leszkiewicz, Catherine Bérubé et Patrick Labbé

Comment savoir si une production est en règle


Vous êtes sur le point de signer un contrat ou vous l’avez déjà signé. Quels sont les éléments à vérifier pour vous assurer que la production est en règle?

Entente collective

Demandez à votre agent, si vous en avez un, de vérifier auprès de l’Union des artistes si la production est en règle. L’UDA fera les vérifications nécessaires, notamment si le producteur est lié à l’entente collective concernée. Si vous n’avez pas d’agent, téléphonez alors à l’UDA, et demandez à parler à un agent des relations du travail du secteur concerné (télévision, cinéma, théâtre, etc.).

Feuilles de temps

Assurez-vous de remplir des feuilles de temps; si la production ne vous fournit pas de feuilles de temps, mentionnez-le à votre agent ou à l’équipe des relations du travail de l’UDA. N’oubliez pas de vérifier vos feuilles de temps et de les signer.

Producteurs irréguliers

Les producteurs sont déclarés irréguliers en vertu des dispositions prévues aux ententes collectives de l'UDA.

Sachez qu’il est interdit pour les membres de l’UDA de travailler avec des producteurs irréguliers dont la liste est affichée dans la section sécurisée du site (dédiée aux membres) de l’UDA, dans Mon centre d’information, dans le menu de gauche.

Contrat : à savoir avant de signer

Rappelez-vous que, en cas de problème ou de litige, seuls les renseignements inscrits dans votre contrat pourront être pris en compte. Pour plus d’information, cliquez sur la section Conditions de travail, puis sur l’onglet Contrat : à savoir avant de signer.