Vous êtes ici

Partager sur

Le pianiste André Gagnon nous a quittés

10 Décembre 2020

C’est avec tristesse que l’Union des artistes a appris le décès le 3 décembre dernier du pianiste, compositeur et arrangeur André Gagnon, après une carrière qui s’est échelonnée sur quelque 60 années. L’UDA offre ses plus sincères condoléances à ses proches et à ses amis ainsi qu’à sa grande famille artistique.

Pour la présidente de l’UDA, Sophie Prégent, André Gagnon a contribué à démocratiser la musique, à la rendre accessible à tous. « André Gagnon a d’abord mis son talent au service des mots et des plus grands interprètes québécois dans les années 1970, comme les Claude Léveillée, Renée Claude, Monique Leyrac et Diane Dufresne. Il a donné ses lettres de noblesse au métier de musicien accompagnateur et d'arrangeur. Il a aussi fait le pont entre la musique et le théâtre avec Nelligan. André Gagnon fait partie de ces artistes pour qui le populaire est beau, émouvant, grandiose. Sa musique continuera de nous habiter et cela apporte un peu de baume, nous l’espérons, à ses proches. »

André Gagnon a fait rayonner la culture québécoise au Québec et à l’étranger, particulièrement au Japon où il a fait plusieurs tournées dans une vingtaine de villes. Musicien accompagnateur pendant 8 ou 9 ans avant d’embrasser, en 1969, une carrière solo, André Gagnon a enregistré un peu plus de 50 albums et composé pour le petit et le grand écran, que l’on pense à des séries télévisées comme Des dames de cœur, Un signe de feu et Les Machos de Lise Payette, la série Juliette Pomerleau de Claude Fournier et la trame sonore du film Kamouraska, sans oublier la populaire émission jeunesse, La souris verte.

Un enfant précoce et déterminé

Né en 1936 à Saint-Pacôme-Kamouraska, André Gagnon, benjamin d’une famille de 19 enfants, s’est découvert très jeune une passion pour le piano, instrument qui le fascinait. Il avait raconté à René Homier-Roy, en 2013, à l’émission Viens voir les musiciens qu’un dimanche alors qu’il revenait de l’église avec sa mère, il s’était, parait-il, dirigé vers le piano et il avait joué, tant bien que mal, debout, du haut de ses 3 ans et demi, la première phrase du Tantum ergo qu’il avait entendu à la messe. À 5 ans, sa mère lui avait payé un vrai professeur, car, il ne voulait pas que ce soit sa sœur qui lui donne des leçons, mais un vrai professeur. Puis s’en est suivi des études à Sainte-Anne-de-la-Pocatière en 1952-1953 et au Conservatoire de musique de Montréal de 1957 à 1961. Boursier en 1961 du gouvernement du Québec, André Gagnon part étudier à Paris avec la réputée Yvonne Loriod.

Comme il le dira quelques fois en entrevue, André Gagnon a eu plusieurs écoles, dont l’une a été celle de musicien accompagnateur et arrangeur, lui qui a accompagné Les Bozos, un collectif de chansonniers formé à la fin des années 1950 et composé notamment de Hervé Brousseau, Clémence Desrochers, Jean-Pierre Ferland, Raymond Lévesque et Claude Léveillée, sans oublier les grandes interprètes Renée Claude et Monique Leyrac pour lesquelles il a souvent joué et composé. André Gagnon a dit, en faisant référence à cette période, qu’ « on voyait qu’il se passait quelque chose », qu’il avait pris part « à l’éclosion de la chanson québécoise ». Parmi les succès populaires des années 1970 pour lesquels il a composé la musique figurent les chansons Pour les amants de Claude Léveillée et Les chemins d’été (Dans ma camaro…), écrite par Luc Plamondon et chanté par Steve Fiset. Il a aussi composé des musiques notamment pour Nicole Martin, Fabienne Thibault et Marie Denise Pelletier.

Carrière solo

André Gagnon a connu une carrière prolifique dès les débuts de sa carrière solo, notamment avec son premier album Saga, en 1974, qui comprend un hommage au poète Émile Nelligan, poète qui lui inspirera par la suite des compositions pour Monique Leyrac. Cette inspiration a aussi donné naissance à l’opéra Nelligan composé sur le livret de Michel Tremblay, dont la première mouture était présentée en 1990 au Grand Théâtre de Québec, avec André Brassard à la mise en scène et avec, entre autres interprètes, Renée Claude, Jim Corcoran, Louise Forestier, Marie-Jo Thério et Loui Mauffette.

En 1975 son deuxième album, Neiges, un album phare de sa discographie, le fait connaître à l’étranger grâce entre autres à la pièce Wow qui joue dans les discothèques partout dans le monde. Avec Neiges, il rend aussi hommage à Renée Claude et au violoneux Ti-Jean Carignan avec Chanson pour Renée Claude et Petit concerto pour Carignan et orchestre. S’ensuit de nombreux albums, certains pour le marché du Japon, de l’Australie et du Royaume-Uni, avec entre autres albums Le Saint-Laurent (1978); Impressions (1983) et Comme dans un film (1986), tous deux sortis simultanément au Québec, au Canada, au Japon et en Australie; Éden (1997); Les chemins ombragées (2010), dans lequel il rend hommage à son ami Claude Léveillée avec Le piano de Claude, et Les voix intérieures (2016), ces deux derniers albums lui valant le Félix du meilleur album instrumental respectivement en 2011 et 2017.

Prix et distinctions

L’immensité et la qualité de son œuvre a valu à André Gagnon de nombreux prix et distinctions, dont 3 prix Juno, 16 prix Félix, 1 prix Gémeaux pour la trame sonore originale (Des dames de cœur), ainsi que plusieurs disques platines et disques d’or.

En 1978, il était nommé officier de l’Ordre du Canada. En 2018, il a reçu des mains d’Yvon Deschamps le prix-hommage Artistes pour la paix et il a été nommé officier de l’Ordre national du Québec et compagnon de l’Ordre des arts et des lettres du Québec. En 2019, on lui décernait le prix Excellence au 30e gala de la SOCAN.