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L'ADN d'un peuple

9 Mars 2015

Sophie Prégent
Mars 2015


Depuis quelque temps, quelques années en fait, le combat contre la perte de soutien financier de la Société Radio-Canada est devenu LE symbole de la défense de notre culture à nous, Québécois. Nul doute, la démarche est d’une importance capitale. Cette bataille nous concerne, à l’Union, bien sûr. Et Radio-Canada a besoin du soutien des artistes. Cela va de soi, notre voix doit se faire entendre pour protéger cette importante et essentielle société d’État. D’ailleurs l’Union l’a fait à maintes reprises jusqu’à maintenant. Nous sommes, et serons toujours du nombre.

Oui, mais.

Voici, avec un peu de recul, une mise en contexte plus globale de votre réalité, à vous, membres.

Le gouvernement du Québec a choisi d’agir de façon prétendument juste au printemps dernier, en imposant aux bénéficiaires de crédits d’impôt (les producteurs entre autres), la même compression pour tous (un 20 %) tout en acceptant cependant de nous entendre (artistes et artisans du secteur) à la commission Godbout, de façon à ce que les prochaines compressions du gouvernement, et il y en aura certainement, se fassent de façon éclairée.

Voici quelle a été notre position à nous, Union des artistes.

Ces compressions sont terribles. Pire encore.

Et, ô malheur, elles auront des conséquences directes sur vos revenus. Dans vos poches. À vous, artistes, peut-être plus encore que dans celles des producteurs (bien que ces fameux crédits d’impôt soient accordés directement à eux et non pas à nous artistes). Ces producteurs, donc, qui feront des miracles pour rester en vie (peut-on leur reprocher ?) et qui devront rencontrer des budgets charcutés, eux qui doivent déjà composer avec des licences de diffuseurs qui diminuent d’année en année.

Voici quelques comparaisons :

1 134 300 000 $ (un milliard cent trente-quatre millions trois cents mille dollars). Ce montant représente la dépense totale du gouvernement fédéral pour la SRC lors de l’exercice financier 2011-2012.

1 038 000 000 $ (un milliard trente-huit millions de dollars).

C’est la dépense du gouvernement fédéral pour la SRC en 2014-2015.

Une coupe d’un peu plus de 96 millions de dollars en 4 ans (Québec et reste du Canada compris, SRC – français et anglais).

Pour la SRC, cela représente une diminution de 8,5 % de son budget total.

Au Québec seulement, entre 2011 et 2015, c’est près de 35 millions de dollars qui auront été retranchés des coffres de la SRC par le gouvernement fédéral.

Chez nous, au Québec maintenant. On sait que la compression des crédits d’impôt de 20 % du gouvernement du Québec pour la période 2014-2017 s’élèvera à 85,5 millions de dollars. Soit 28,5 millions de dollars par année.

Le facteur de comparaison est de l’ordre de 2,66. Les compressions du gouvernement du Québec sont presque trois fois plus importantes que celles du gouvernement fédéral.

Conclusion, les décisions budgétaires du gouvernement du Québec nous feront plus mal que celles à la SRC au fédéral. Incomparable.

Percutante cette vérité ? Et pourtant, elle passe sous silence.
Et j’y vois un danger.
Alors simplement ceci : que l’on défende un, ne devrait pas faire en sorte que l’on ignore l’autre. Il s’agit de vous. De nous.
De notre avenir, à nous tous. Ceux dans le besoin comme les mieux nantis. Riches ou pauvres. Aucune discrimination.

Nous avons reçu, au cours de notre présentation à la commission Godbout, une écoute d’une grande qualité qui nous permet, et je m’avance un peu, une certaine dose d’espoir. Nous sommes des travailleurs autonomes, donc par définition et par notre statut, nous acceptons d’emblée de vivre dans une grande précarité. Personne ne peut protéger notre emploi à long terme, et rien n’est jamais acquis dans ce métier. Jamais nous n’atteindrons la sécurité d’emploi des autres grands secteurs d’activité de notre société (éducation, santé, etc.), et telle n’est pas notre intention. Cependant, il est dangereux de fragiliser davantage notre secteur, qui est, soit dit en passant, sain, créatif, et rentable économiquement, chiffres à l’appui. La culture est une représentation fidèle de ce que nous sommes comme peuple. C’est son ADN. À nous de la défendre comme elle le mérite, et cela, partout où elle se manifeste. C’est ce qui me semble le plus juste. NOUS serons toujours ses meilleurs représentants, ses meilleurs défenseurs.

Je nous invite donc à la vigilance, et à garder une oreille attentive, ainsi qu’un grand intérêt pour la suite des choses, en comprenant bien que certains enjeux sont certes plus complexes et sans doute moins sexy, mais tout aussi importants pour notre avenir collectif. À suivre, donc. Ensemble.

 

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