Vous êtes ici

Partager sur

La grande Monique Leyrac nous quitte…

19 Décembre 2019

Un triste automne pour le milieu artistique. Après le décès d’Andrée Lachapelle il y a à peine quelques semaines, une autre grande dame nous quitte.

« L’UDA tient à offrir ses plus sincères condoléances aux proches de Monique Leyrac, à ses amis et à sa grande famille artistique, en particulier les artistes qui l’ont côtoyée et ceux et celles pour qui elle a été une inspiration et une mentor, et ils sont nombreux » a souligné avec émotion Sophie Prégent, présidente de l’UDA. « Pour l’interprète que je suis, Monique Leyrac était et restera un point de repère, un pilier. Elle a été une précurseure et nous a ouvert la voie et a même permis aux artistes de rêver à une carrière à l’international bien avant l’heure. »

Née en 1928, Monique Leyrac a quitté très tôt l’école, à 13 ans, pour aider sa mère qui a dû retourner travailler pour aider à passer à travers les fins de mois, peut-on lire dans Monique Leyrac, Le roman d’une vie écrit par son ami le compositeur François Dompierre qui voue une grande admiration à cette immense artiste. Après s’être occupée de la fratrie, Monique Leyrac doit elle-même aller travailler à l’usine avec sa sœur pour aider sa famille. C’est alors qu’elle envoie une demande à Madame Jeanne de Maubourg, reconnue à l’époque pour ses cours de diction.

C’est grâce à Jeanne de Maubourg qu’elle obtient une première entrevue, à 15 ans, après une année de formation, où elle se retrouve aux côtés des Janine Sutto, Huguette Oligny et Marjolaine Hébert. Elle obtient le rôle pour chanter dans le radiothéâtre Lux, diffusé à CKAC, et qui porte sur Bernadette Soubirous et qui s’intitule Le chant de Bernadette. Déjà à l’époque, les gens du milieu voient en elle une jeune fille talentueuse et très déterminée à devenir actrice. Ils perçoivent chez Monique Leyrac une indépendance d’esprit peu commune pour son âge.1

Monique Leyrac, c’est d’abord une voix.

Que ce soit au théâtre ou en chanson. Une voix unique qui porte l’amour des mots, qui fait rayonner la langue française et la culture québécoise partout au Canada, et à l’étranger, notamment en France et aux États-Unis. En chanson, elle se produit au célèbre Faisan doré, à Montréal, à la fin des années 1940 aux côtés notamment de Charles Aznavour.

Dans les années 1950-1951, elle fait une tournée en Belgique, en France, en Suisse et au Liban. Après avoir séjourné à Paris, de 1952 à 1958, où elle a joué dans plusieurs pièces de théâtre d’auteurs classiques, elle revient au Québec où elle joue au théâtre, notamment dans L’Opéra de Quat’sous de Bertold Brecht.

Elle revient à la chanson en 1963, année où elle consacre son premier album à chanter des auteurs-compositeurs comme Léveillée et Vigneault. Elle remporte le premier prix au concours international « Chansons sur mesure » la même année avec Les amours anciennes de Sylvain Lelièvre.

Les années soixante sont des années fastes sur plusieurs plans : elle coanime deux émissions à Radio-Canada et tient un rôle dans Les enquêtes Jobidon, une série policière télévisée québécoise, se produit avec les Swingle Swingers à la Place des Arts et remporte en 1964 un trophée d’excellence au Gala des artistes. D’ailleurs, elle a reçu plusieurs prix, dont le Grand Prix du Festival de Sopot (Pologne) pour son interprétation de Mon pays de Vigneault et le Grand Prix du Festival de la chanson d’Ostende en Belgique. En 1967, elle enregistre 39 émissions pour la radio de Toronto (CBC) et deux albums en anglais à Londres. Les succès s’accumulent, notamment au Massey Hall de Toronto qu’au Carnegie Hall de New York, en plus de donner une série de spectacles avec le compositeur André Gagnon, au Québec.

Après un autre séjour en France dans les années 1970, elle présente à son retour à Montréal en 1976, les poèmes d’Émile Nelligan mis en musique par André Gagnon, repris à Paris en 1977 et 1979. En 1977, Monique Leyrac rend hommage à Félix Leclerc à qui elle consacre un album et, en 1980, participe au spectacle hommage à Gilles Vigneault en interprétant Je vous entends chanter. D’ailleurs, elle collaborera étroitement avec Félix Leclerc durant leurs années à Paris.

Monique Leyrac sera l’une des premières chanteuses à demander à Luc Plamondon de lui écrire des chansons. Il lui en écrira huit de façon intensive en quelques mois, sur des airs de musique classique, dont C’est ici que je veux vivre. C’est en quelque sorte Monique Leyrac qui lance la carrière du parolier.

Dans les années 1990, Monique Leyrac revient au théâtre et joue dans Les Femmes Savantes de Molière avec la Nouvelle Compagnie Théâtrale, dans une mise en scène de Lorraine Pintal, puis dans la pièce Le Voyage du couronnement de Michel-Marc Bouchard, une coproduction du Théâtre du Nouveau Monde et du Théâtre du Trident, dans une mise en scène de René-Richard Cyr. Le Voyage du couronnement, en 1995, qui a connu un grand succès, est la dernière prestation artistique de Monique Leyrac qui décide alors de tirer sa révérence.1

Elle se voit conférer le grade d’officière de l’Ordre du Canada en 1967 et reçoit en 1998 le titre de chevalière de l’Ordre national du Québec. Enfin, en 2013, elle reçoit le prix Denise-Pelletier des Prix culturels du Québec.

1. DOMPIÈRRE, François. Monique Leyrac, Le roman d’une vie, Montréal, Éditions La Presse, 2019, 297 p.