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Hommage à Lise Bacon : la mère de la loi sur le statut de l'artiste

19 Décembre 2016

Mi-décembre, les dossiers doivent avancer, on est à 10 jours du congé des fêtes, la fatigue se fait sentir à l'intérieur des troupes. Tête baissée, on avance résolument obstiné à régler les dossiers correctement avant les vacances.

Ça sent le repos, comme dirait l'autre, et ça va faire du bien.

Un peu de recul et de temps de réflexion seront bienvenus.

Mais avant.

Un souvenir pour vous, membre, lecteur, une pensée, une petite anecdote pour la nouvelle année.

Il y a peu de temps, j'ai parlé à madame Lise Bacon. Rien de personnel bien sûr. Vous le savez peut-être, nous avons des salles à l'intérieur de nos murs, qui portent le nom de gens qui ont marqué l'Union des artistes. Et nous avons la salle Lise-Bacon. Très petite salle de huit personnes environ, simple et modeste, qui fait face au bureau de la directrice générale et au mien. C'est dans ce petit endroit privilégié que se tiennent tous les comités de direction de l'Union des artistes, entre autres. Les décisions importantes, celles liées aux  choses courantes et aussi la vision de l’Union partent de ce petit lieu que j'affectionne particulièrement. On voulait l'inaugurer en présence de cette grande dame. Elle était touchée, ça se sentait dans sa voix, mais sa santé ne lui permettant pas de sortir à son aise, elle a décliné l'offre. Je comprends cela.

Lise Bacon :

  • députée du comté de Bourassa : 1973-1976 (sous Robert Bourassa),
  • députée du comté de Chomedey : 1981-1994,
  • vice-première ministre dans le cabinet Bourassa : 1985-1994,
  • et finalement ministre des Affaires culturelles : 1985-1989.

Elle est la mère de la loi sur le statut de l'artiste, plus précisément la Loi sur le statut professionnel et les conditions d'engagement des artistes de la scène, du disque et du cinéma.

« Quand on veut changer le monde, il faut être là », disait-elle.

Avec cette loi, elle a offert aux artistes un statut juridique sur le plan fiscal et sur le plan des relations du travail, ce qui leur a permis d'améliorer leur sort, de pouvoir vivre dignement de leur art, d'être reconnus comme entrepreneurs pigistes (travailleurs autonomes). Elle a permis, grâce à cette loi, que les associations d'artistes comme l'Union des artistes soient reconnues comme des entités habilitées à négocier des ententes collectives avec des producteurs. Comme le disait Serge Turgeon alors président, «  l'adoption de votre loi met fin à l'exploitation et à la négociation sauvage entre les artistes et les producteurs ». Il faut le souligner, le Québec innovait, car une telle loi n'existait ni au Canada, ni ailleurs dans le monde. Merci madame Bacon, merci.

Encore aujourd'hui (demandez à vos conseillers en relations du travail à l'Union, ils sauront vous dire à quel point c'est vrai), nous engageons des batailles juridiques au quotidien pour maintenir cette loi jeune, mais forte et représentative de notre réalité d'artiste et de créateur. Au quotidien, quelqu'un ou quelque chose tente d'affaiblir cette loi ou de la menacer, et au quotidien, nous nous y opposons avec force et conviction. Et JAMAIS nous n'abdiquerons.

La loi sur le statut de l'artiste a été obtenue en 1987. Elle aura donc trente ans cette année (2017).

Qu'est-ce qu'on peut lui souhaiter d'extraordinaire pour son trentième anniversaire?

À l'époque, madame Lise Bacon, prête à mettre en jeu son siège de ministre pour obtenir cette loi (elle me l'a confirmé au téléphone), disait ceci à Robert Bourassa, au gouvernement et à la population : « avoir soin de ses artistes, leur donner des possibilités presque de survie par moment, ça donne une âme au gouvernement. Je voulais que notre gouvernement ait une âme d'artiste ».

Je souhaiterai donc aussi cette chose extraordinaire pour le trentième anniversaire de la loi sur le statut de l'artiste : un gouvernement avec une âme d'artiste.

Merci madame Bacon.

Et joyeuses fêtes à tous, chers camarades.

Votre présidente,

Sophie Prégent


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