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Deux grands interprètes nous quittent… Au revoir Janine Sutto et Benoît Girard

28 Mars 2017

C’est avec une immense tristesse que l’Union des artistes a appris ce matin le décès d’une grande dame, Janine Sutto, et, hier, celui du comédien Benoît Girard. Deux grands comédiens qui ont marqué plusieurs générations de Québécois. L’Union des artistes tient à offrir ses plus sincères condoléances à leur famille, à leurs amis et à la grande famille artistique, en particulier les artistes qui les ont côtoyés et ceux pour qui Janine et Benoît ont été une inspiration, des mentors.

La carrière de Janine s’est échelonnée sur 75 ans et celle de Benoît sur 60 ans. Ils ont marqué l’imaginaire de plusieurs générations de Québécois, que ce soit grâce au théâtre, ainsi qu’aux téléthéâtres et aux radioromans qui ont permis à toute une génération d’avoir accès à du théâtre.

« Pour moi, Janine n’avait pas d’âge, raconte Sophie Prégent, présidente de l’Union des artistes. Elle était de son temps, passionnée par ce qui se passait dans le milieu culturel. Elle s’intéressait aux jeunes créateurs et interprètes. Elle était leur première admiratrice, elle qui voyait de nombreuses pièces de théâtre chaque année, tant que son énergie et sa santé lui ont permis de le faire. La dernière fois que j’ai vu Janine sur scène, c’était dans Les belles-sœurs, et j’en garderai un souvenir inoubliable.

« J’avais une affection toute particulière pour Janine. Bien sûr, je la considérais comme un monument. Sa carrière a été marquante, nous le savons tous, mais je me projetais en elle pour des raisons encore plus personnelles. Nos yeux de maman se sont croisés plus d’une fois et nous reconnaissions en l’autre, un peu, beaucoup même, notre propre vécu. Nos enfants, d’une certaine façon, nous ont rapprochées l’une de l’autre. »

Janine Sutto a commencé sa carrière toute jeune, à la fin des années 1930, dans des feuilletons radiophoniques et a joué dans sa première pièce de théâtre, L’aiglon, au Théâtre Arcade. Touche à tout, Janine a été des débuts du Théâtre du Nouveau Monde et a joué de grands classiques québécois et étrangers, notamment les pièces de Marcel Dubé (Bilan et Florence), Gratien Gélinas (Bousille et les justes), Michel Tremblay (Bonjour là, bonjour, Les belles-soeurs), et Félix Leclerc (L’auberge des morts subites), de Molière (L’avare, Le médecin malgré lui), de Shakespeare (Richard III), pour ne nommer que ces dramaturges, ainsi que dans de nombreux théâtres d’été. Elle a aussi touché à la mise en scène au théâtre, a joué à la télé dans des dramatiques, des émissions jeunesse, des comédies, a même touché au burlesque, avec Gilles Latulippe. On n’a qu’à penser à Symphorien et Poivre et Sel. Au cinéma, elle a joué dans Kamouraska, Deux femmes en or, Bonheur d’occasion, et plus récemment, Congorama, de Philippe Falardeau, et Route 132, de Louis Bélanger.

Benoît Girard a croisé la route de Janine et joué dans certaines pièces de théâtre avec elle, dont La mort d’un commis voyageur en 1962 et Quelqu’un parmi vous en 1963. Ils sont de la même époque, seulement 10 ans les séparent… Benoît a aussi joué les classiques au TNM, au Théâtre Jean-Duceppe, au Théâtre Denise-Pelletier, au Théâtre de Quat-Sous, au Théâtre du Rideau Vert, a joué du Racine, du Corneille, du Shakespeare (Songe d’une nuit d’été), du Jean O’Neill (Les balançoires), du Marcel Dubé (Avant de t’en aller, Le coup de l’étrier, Pauvre amour) et du Françoise Loranger (Encore cinq minutes). Il a traduit et adapté en français 25 œuvres de théâtre.

Il a joué dans des dramatiques (Marie-Didace, Les forges de Saint-Maurice), des émissions jeunesse (Grujo et Délicat), des comédies (Peau de banane), dans Providence de 2004 à 2011, et a touché au fantastique dans l’émission télé Les rescapés de 2009 à 2010, aux côtés de Roy Dupuis et de Guylaine Tremblay. Il a aussi joué dans plusieurs films, par exemple, De père en flic, Le secret de ma mère, Maurice Richard et Dans une galaxie près de chez-vous.

« Benoît Girard a, se rappelle Sophie Prégent, joué dans Le Retour, émission dans laquelle j’ai joué et qui m’a fait connaître du grand public, et dans laquelle a aussi joué une autre grande dame disparue, Rita Lafontaine. De lui, je retiendrai son talent, bien sûr, mais aussi sa douceur, sa camaraderie, son humour, et son immense professionnalisme. »

Janine Sutto et Benoît Girard ont habité l’imaginaire des Québécois. Ce sentiment de pérennité apporte, nous l’espérons, un peu de baume à leur famille et à leurs proches.