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Deux grandes actrices nous quittent à une journée d’intervalle... Au revoir Monique Mercure et Michelle Rossignol…

22 Mai 2020

Triste semaine pour tout le milieu culturel avec le départ de deux grandes actrices, Monique Mercure et Michelle Rossignol, décédées respectivement les 17 et le 18 mai derniers. L’Union des artistes tient à offrir ses plus sincères condoléances à leur famille, à leurs amis et à la grande famille artistique, en particulier les artistes qui les ont côtoyées et ceux et celles pour qui Monique et Michelle ont été des inspirations, des mentors. Deux grandes interprètes qui ont chacune marqué plusieurs générations de spectateurs et de cinéphiles, en plus d’avoir consacré une partie de leur carrière à transmettre leur savoir et leur expérience aux jeunes étudiants de l’École nationale de théâtre du Canada, et ce, de plusieurs façons.

Monique Mercure

Née en 1930, c’est d’abord comme musicienne que Monique Mercure devient une artiste accomplie, elle qui est diplômée en 1949 de l’École de musique Vincent d’Indy, programme de violoncelle. Elle suivra des formations en chant choral, en mime et danse avant de s’inscrire à une formation en interprétation au Montreal Drama Studio duquel elle sera diplômée en 1962.

Elle entreprend une carrière d’actrice au début des années soixante, et elle fera sa marque à la fois au théâtre, au cinéma et à la télévision, en français et en anglais. Elle joue les classiques, comme Euripide, avec un rôle marquant dans Les Troyennes, et le répertoire québécois, notamment Tremblay, dont les Belles-Sœurs, où elle interprète à plusieurs reprises Rose Ouimet, en français et en anglais.

Sa performance de Rose Aimée dans le film J.A. Martin, photographe, de Jean Beaudin, aux côtés de Marcel Sabourin, lui vaudra plusieurs prix en 1977, dont la Palme d’or au Festival de Cannes pour le Prix d'interprétation féminine ‒ catégorie long métrage, une première pour une actrice québécoise!

C’est à l’invitation du réalisateur canadien David Cronenberg que Monique Mercure accepte de jouer dans le film The Naked Lunch, en 1991, dans lequel elle interprète le personnage de Fadela.

Plus récemment, Monique Mercure, lors d’une entrevue à la télévision, se disait chanceuse de s’être vu offrir un premier rôle à 74 ans pour la télévision, celui d’Édith Beauchamp, chef d’entreprise, dans l’émission Providence, diffusée de 2004 à 2011, rôle qui lui a valu deux Gémeaux pour la meilleure interprétation premier rôle féminin.

Monique Mercure a aussi assuré la destinée de l’École nationale de théâtre du Canada à titre de directrice générale de 1991 à 1997, puis a assumé les fonctions de directrice artistique de 1997 à 2000. L’institution la nommera Gouverneure à vie en 2000.

Récompensée de nombreux prix et distinctions, Monique Mercure a été nommée officière de l’Ordre du Canada en 1979 et promue compagne en 1994. Admise au sein de la Société royale du Canada en 2006, elle a reçu le titre de grande officière de l’Ordre national du Québec en 2010 et a été nommée compagne de l’Ordre des arts et des lettres du Québec en 2015.

Michelle Rossignol

Née en 1940, Michelle Rossignol, qui a entamé sa carrière d’interprète à la télévision dans Le Survenant, émission diffusée à Radio-Canada, 1955 à 1957 et qui a enchaîné les rôles au théâtre, avec comme première pièce Un simple soldat, de Marcel Dubé, en 1958 à la Comédie canadienne, a mené une fructueuse carrière en au théâtre, au cinéma et à la télévision, comme interprète, metteure en scène et directrice artistique.

Au théâtre, elle a joué les grands classiques étrangers et québécois, dont Synge, Shakespeare, Racine, et Gauvreau, Germain, Tremblay, Dubois et Keimed, pour ne nommer que ces auteurs. À la télévision, elle a joué dans plusieurs téléromans à succès, dont Des dames de cœur (1986-1989) et Un signe de feu (1989-1991), diffusés à Radio-Canada.

Au cinéma, elle a joué avec Monique Mercure dans le film d’Anne-Claire Poirier, La quarantaine, en 1982, puis dans Poussière sur la ville d’Arthur Lamothe en 1968 et dans Françoise Durocher, waitress d’André Brassard en 1972 et a fait une interprétation mémorable du poème Speak White de Michèle Lalonde, lors de la nuit de la poésie, le 27 mars 1970, filmée par Jean-Claude Labrecque.

Michelle Rossignol avait à cœur le développement du théâtre québécois et y a grandement contribué. Elle a occupé plusieurs postes à l’École nationale de théâtre du Canada, dont celui d’adjointe à la direction, section interprétation, de 1971 à 1980, et de directrice, section interprétation et écriture dramatique, de 1980 à 1986, et de professeure d’interprétation, de 1971 à 1986. Après avoir représenté le gouvernement du Canada au sein de la Commission internationale du théâtre francophone en 1987-1988 et avoir été chef du Service du théâtre au Conseil des arts du Canada, de 1986 à 1988, elle prend la direction générale et la direction artistique du Théâtre d’aujourd’hui, fonctions qu’elle occupera de 1988 à 1998.

Récipiendaire de plusieurs distinctions, Michelle Rossignol a reçu le prix Marie-Victorin de la Société Saint-Jean-Baptiste en 1982 et le Trophée des Coopérants pour le secteur de la culture en 1989. Elle a été nommée officier de l’Ordre du Canada en 1991 et chevalier de l’Ordre national du Québec en 2001.

Pour Sophie Prégent, présidente de l’UDA, ces deux grandes dames représentaient beaucoup : « c’est le cœur gros que j’écris ces quelques mots aujourd’hui. Pour les femmes de ma génération, ces deux icônes, ces monuments, dis-je, nous ont donné force et courage, ambition et détermination. Elles ont toutes deux tracé un chemin que nous avons emprunté nous aussi pour parvenir à devenir comme elles, des actrices accomplies.  Monique, Michelle, merci d’avoir été des grandes soeurs formidables et talentueuses, vous existerez en nous à jamais! »