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Danielle Trottier, auteure d’Unité 9 : le succès par l’équilibre entre les sexes

18 Novembre 2016

Gilles Payer, membre du comité des femmes et du conseil d'administration de l'UDA, a fait une entrevue avec l'auteure d'Unité 9, Danielle Trottier, afin de connaître son avis sur la situation des femmes dans le milieu de la télévision.


À votre avis, les femmes acceptent-elles plus facilement les conditions (de travail) qui leur sont présentées?

Je suis consciente du déséquilibre. De mon côté, je n’ai jamais vécu d’expériences négatives en ce sens.


Le monde du travail est-il plus favorable à un genre qu’à un autre?

Cette question mérite à elle seule un colloque!

En télévision, cela dépend beaucoup des choix du diffuseur, dans le sens où le diffuseur vise un public précis et évalue les propositions de séries en fonction du potentiel d’attraction de celles-ci sur le public recherché.

Par exemple, Unité 9, les six premiers rôles sont féminins, ce qui est audacieux pour un diffuseur.


Votre perception sur la représentation des femmes dans la production culturelle?

Il faut déplorer la simplification à outrance. Pour ma part, je suis contre les stéréotypes réducteurs, qu’ils soient féminins ou masculins. Je ne vois pas les genres (hommes-femmes) comme unidimensionnels. Quand j’écris un rôle, je vois d’abord un humain, dans toute sa complexité.

Cela dit, en écrivant, j’ai une préoccupation d’équilibre (femmes-hommes), non seulement en quantité de rôles et en importance à l’écran, mais aussi en termes de profondeur du personnage. Même si les rôles des hommes d’Unité 9 ne semblent pas au premier plan, ils ne sont pas sans substance pour autant.

« Plus on va écrire des premiers rôles (féminins) forts, porteurs,
plus les filles vont pouvoir montrer leur capacité de porter des histoires. »


Le mot « féministe » est-il dépassé?

Non. Je le suis et m’affiche comme telle. C’est la simple expression de tout être préoccupé par la condition féminine. Je ne comprends pas vraiment toute cette controverse.

Je vais écrire toute ma vie des rôles pour les femmes.


Y a t-il encore une cause de la condition féminine?

Absolument. Ce n’est pas terminé. Il y a même une cause de la condition féminine en prison!

J’ai réalisé en écrivant Unité 9 que même la prison était un endroit plus dur, plus contrôlant pour les femmes que pour l’équivalent masculin dans la même situation.

Cela s’explique, je crois, par le nombre réduit de femmes en institution. Les femmes en prison sont des victimes, bien souvent. Les raisons qui les ont menées là ne ressemblent pas souvent à celles des hommes en réclusion.


Comme auteur, avez-vous déjà eu à « gérer » des cas d’actrices qui tombent enceintes durant la production d’une série?

Le milieu a une côte à remonter! Une femme ne devrait pas craindre de perdre son rôle pour une question de grossesse. C’est un manque d’humanité. Les femmes portent la vie, la prochaine génération, elles sont porteuses d’avenir; c’est un droit fondamental d’être accommodées! Je trouve qu’on n'aidera jamais assez les jeunes femmes à concilier travail et vie de famille.

Dans Unité 9, deux fois on a dû réécrire des rôles et des fins de saisons pour s’assurer que l’actrice enceinte n’ait pas de scène dangereuse ou pour réduire l’impact sur sa condition. C’est à la production de s’ajuster. Les auteurs ont un rôle là-dedans et, comme auteure, je ne vois pas ça comme un irritant.


Quel défi d’écrire pour un personnage de sexe opposé?

Le même que pour tout personnage. Si un homme, par exemple, doit jouer un rôle de vilain (quelqu’un doit bien le tenir dans toute dramaturgie), je m’applique à montrer un autre côté du personnage qui ne va pas dans le même sens que les motivations principales du rôle. Par exemple, un dur pourra avoir un côté plus humain quand on le montre dans sa vie privée.


Être une femme, un personnage public, sur les réseaux sociaux, c’est différent?

Le bashing est généralisé, pas exclusivement à l’endroit des femmes. Le Web manque de savoir-être, sans doute à cause de l’anonymat relatif. J’aurais des conseils à offrir aux jeunes auteurs, hommes ou femmes, dont la carrière débute. J’ai beaucoup d’admiration pour ceux et celles qui se lancent dans la création culturelle de nos jours. Internet peut-être cruel autant que gratifiant.


Auriez-vous aimé être un homme; pourquoi?

Chez le garagiste! [rires]. Sérieusement, je suis très contente de ma condition et ça ne fait aucune différence dans mon milieu.

 

Auteure de la série Unité 9 se déroulant dans le milieu carcéral féminin, Danielle Trottier travaille actuellement sur Le Cheval-Serpent, où l'action se situe dans un univers tout à fait opposé cette fois, celui des danseurs nus.