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La voie

1 Décembre 2014
Sophie Prégent
Décembre 2014


Le 20 octobre 2013, en accédant à la présidence de l’Union des artistes, je me suis dit qu’il me fallait faire au moins un tour complet de manège. Un an pour sentir, et savoir si j’étais assise sur la bonne chaise. C’est fait. Au moment d’écrire ces quelques lignes, nous sommes à la mi-novembre 2014. Autopsie d’une première année.

Première question :
Pis? ...
Fou.
Complètement.
Ma vie a changé du tout au tout. En fait... je n’en ai plus.
Ou plutôt non. J’en ai une, ce n’est tout simplement plus du tout la même.
Je suis devenue une autre Sophie.

Un, j’ai dû faire travailler en étroite collaboration mon agent Maxime Vanasse et Agathe Vandal, secrétaire de direction à l’Union des artistes, pour que mes horaires finissent par avoir un sens. Tout un défi. Deux, j’ai dû redéfinir mes priorités, entre autres en ce qui concerne les besoins de mon fils qui demande plus de soins et d’énergie étant donné son parcours si atypique, et trois, j’ai dû apprendre à la fois à jouer (après tout c’est mon métier ), donc conserver cette liberté et cette chère insouciance tant essentielle au travail de création, et à devenir la Sophie la plus malléable (adaptable) du monde, la plus au fait des dossiers et des enjeux, et la plus stratégique possible, puisque c’est bien de cela dont il est question quand je quitte mon plateau de tournage pour me retrouver dans mon bureau, ou devant la ministre de la Culture et des Communications, ou à la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise, ou dans une réunion du secteur doublage, ou face à une décision importante à prendre..., etc.

Possible?
Oui.
Comment?
Je suis devenue responsable de nous.

C’est la voie, je crois. Très sincèrement, ce que je craignais le plus, c’est-à-dire de ne pas être capable de mener les deux bateaux à bon port, n’est pas arrivé, bien au contraire, très sincèrement donc, c’est aujourd’hui ce qui fait ma plus grande fierté. Le Titanic n’a pas coulé. Pourtant, j’ai rencontré quelques icebergs. Faut dire que je ne suis pas seule. Je parle au « je » puisque je signe moi-même ces éditos, mais je ne suis pas seule!

D’abord, il y a vous.

Ce qui m’apparaissait insurmontable, puisque je suis bien malgré moi indivisible, et donc constamment en train de courir vers un plateau de tournage, une répétition de théâtre ou un rendez-vous à l’Union, est devenu une force. Je vous vois et je vous entends! Vous êtes partout! Vous me parlez de vous, de vos réflexions ou difficultés, de vos inconforts ou du trop-plein. Vous êtes une source d’information incroyable! Les nouvelles de vos préoc­cupations sont récentes et toutes fraîches, elles sont actuelles et tellement nourrissantes! La réalité dont je témoigne aux instances est directement branchée sur vous. Je ne suis qu’un transmetteur. Ça pourrait difficilement être plus efficace, croyez-moi. Vous avez une parole. Une voix. Vous êtes enten­dus et le message est simple : préservons les lieux de création. Nous avons des structures solides au Québec et au Canada, nous avons des instances qui servent à subventionner notre domaine, nous nous sommes dotés d’un système qui n’est pas parfait, mais qui s’avère efficace et qui renforce ces structures par lesquelles les subventions transitent, nous permettant, au bout du compte, d’administrer et de créer des produits culturels qui seront consommés par la population. Mais, si par exemple, lorsque vous êtes en train de monter dans une échelle, on vous oblige à retirer le cinquième des barreaux de cette dite échelle, je suis convaincue que ce n’est pas ceux devant vous que vous enlèverez, la nature est ainsi faite, mais bien ceux derrière vous. Et qui, dans l’échelle, est derrière? Les artistes sur le terrain, qui créent dans des conditions de plus en plus difficiles, nul besoin d’expliquer davantage. Résultat : nous fragilisons les vrais lieux de création. Danger.

Ensuite, nos alliés.

Oui, depuis bien avant mon arrivée (merci à tous ceux et celles qui m’ont précédée à l’Union), des liens essentiels ont été créés avec nos pairs. Je parle ici des relations intersyndicales. Scénaristes et auteurs (SARTEC), réalisateurs (ARRQ), musiciens (GMMQ), techniciens (AQTIS), nous avons des enjeux communs. Nous avons tous, à peu de choses près, les mêmes discours à faire entendre et les mêmes batailles à livrer. L’Union a une histoire avec ses alliés, elle existe depuis et pour fort longtemps encore. Nous sommes un collectif uni, et lorsque nous prenons la parole ensemble, c’est la voix de 25 000 artistes et artisans que nous faisons résonner.

Et finalement, l’équipe.

L’Union des artistes. Votre syndicat existe depuis 77 ans, il est fort, représentatif, et influent. Toujours, les gens du milieu sont curieux de savoir la position de l’Union sur les enjeux actuels, même le public a ce souci. C’est un syndicat puissant et différent des autres de par sa vocation, qui jouit d’une cote de sympathie indéniable auprès du public, et j’observe le même phénomène auprès des instances. J’ai l’intention d’en profiter et de faire entendre sa voix partout où je pourrai.
Voilà ce qui, je crois, résume ma réflexion, après une première année de présidence bien remplie.

Ai-je l’intention de poursuivre mon mandat auprès de vous? La réponse sera brève :
Oui.
L’intention ferme.
Avec plaisir, avec joie, et avec intégrité.

Au mois de mars 2015, nous avons rendez-vous ensemble, et il est important pour vous comme pour moi.
Et pour la première fois dans l’histoire de l’Union, ce rendez-vous sera électronique!
Vous aurez l’occasion de voter en cliquant du bout du doigt le plus simplement du monde, en toute honnêteté et liberté je le souhaite.

De notre côté, nous, l’équipe de l’Union, nous nous préparons énergiquement à aller à votre rencontre, à maintenir un lien avec vous, à vous écouter et vous entendre par tous les moyens dont nous disposons pour le faire.

À bientôt!



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