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Les acteurs oeuvrant devant la caméra : oubliés dans la création des bons écosystèmes politiques?

13 Novembre 2017

Voici la lettre ouverte de Claudia Ferri, membre de l'UDA, concernant les inégalités dans l'attribution de subventions aux acteurs.

Pour signer la pétition en appui à la demande de Mme Ferri, cliquez ici.


Saviez-vous que, depuis la création du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) et du Conseil des arts du Canada (CAC), les acteurs de télévision, de cinéma et de nouveaux médias sont exclus de facto de toute possibilité d’aide financière vouée au développement et au perfectionnement des artistes de notre pays?

En effet, contrairement à toutes les autres catégories d’artistes, y compris les acteurs de théâtre, les acteurs et actrices qui œuvrent devant la caméra sont les seuls à se voir systématiquement exclus des programmes des conseils des arts offerts au Canada comme au Québec.

Il y a 10 ans, un constat plutôt choquant nous sautait aux yeux : on faisait une différence (une discrimination, en quelque sorte) entre un acteur qui œuvre sur la scène d’un théâtre et un acteur qui œuvre sur un plateau de tournage.

Les programmes de soutien financier pour le développement, le perfectionnement, les bourses de voyages et de résidences sont en effet accessibles aux acteurs de théâtre, mais pas aux acteurs qui œuvrent devant la caméra. À ce jour, les acteurs et les actrices à la caméra doivent se mériter quelques subventions qui soient basées sur des critères correspondant strictement à des critères de théâtre. Ce qui rend toute demande de subvention futile, et entraîne une disqualification systématique pour les acteurs et actrices qui pratiquent leur métier, leur art, sur un plateau de tournage.

Ping-pong politico-bureaucratique

Depuis un an, une initiative a été prise afin de signaler cette situation désolante aux institutions mentionnées ci-dessus ainsi qu’à la ministre du Patrimoine canadien et au ministère de la Culture et des Communications du Québec, en portant à leur attention cette discrimination, même si d’apparence involontaire, qui perdure à ce jour à l’égard des acteurs « on camera ».

La ministre du Patrimoine canadien applaudit nos efforts mais nous informe que des millions de dollars ont été injectés dans le Conseil des arts du Canada, une institution qui s’auto-gère, et elle nous invite à adresser notre demande directement à son président-directeur général, monsieur Simon Brault.

Les dirigeants du Conseil des arts du Canada réitèrent à deux reprises qu’ils continueront de soutenir les acteurs de théâtre, mais pas les acteurs de cinéma, de télévision et des médias numériques. Ils renvoient la balle vers Téléfilm Canada qui, disent-ils, vient en aide aux acteurs à la caméra.

Téléfilm Canada, il se trouve, ne finance aucun artiste comme tel, sauf dans le cas plutôt rare où une bourse de voyage serait potentiellement attribuée pour couvrir les coûts des billets d’avion pour qu'une personne puisse se rendre à un ou des festivals dans le cas où elle tiendrait un rôle important dans un film à succès suscitant un battage médiatique. Téléfilm Canada finance les entreprises, voire les compagnies de production, non les individus (artistes travailleurs autonomes).

Téléfilm renvoie forcément la balle vers le ministère du Patrimoine canadien et vers le ministère de la Culture et des Communications du Québec; ce qui est tout à fait compréhensible.

Quant au CALQ, nous recevions en décembre 2016 un appel de sa présidente, Madame Anne-Marie Jean, nous assurant de vive voix du sérieux avec lequel le CALQ prenait cette demande et nous informait que notre dossier était le « prochain sur la table ». Selon la communication, nous devions avoir un retour en début d’année 2017.

Plusieurs coups de fil pour la joindre à nouveau demeurent sans retour; aucune nouvelle depuis...

Pourquoi les acteurs et actrices qu’on aime tant voir à l’écran feraient-ils partie d’une catégorie à part, exclus d’un soutien précieux au développement et perfectionnement de leur art?

Il s’agit là d’une cause pleine de bon sens et soutenue par plusieurs organismes piliers de l’industrie du cinéma, de la télévision et des médias numériques qui conçoivent l’importance d’inclure les acteurs et actrices qui œuvrent devant la caméra parmi les catégories d’artistes admissibles aux programmes offerts par le CAC et le CALQ, ainsi que l’avantage de travailler avec des professionnels en voie d’amélioration constante. Parmi ces organismes qui soutiennent cette cause se trouvent :

  • L’ACTRA national, le syndicat qui représente les acteurs anglophones et qui compte 22 000 membres à travers le Canada;
  • L’Union des artistes, qui compte 13 000 membres à travers le Québec;
  • L’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec;
  • L’Association des femmes en cinéma, télévision et médias numériques.

Tous ont envoyé des lettres de soutien à cette démarche voulant mettre fin à cette discrimination, qu’elle soit involontaire ou non.

Pour l’instant, la balle est dans les airs, accrochée dans les filets de l’inaction et du manque de leadership, et nous laisse dépourvus de soutien.

À quand une réponse valable et des actions concrètes pour changer les choses? Mesdames les ministres? M. Brault? Mme Jean?

Au nom de tous les acteurs canadiens et québécois : si quelques oreilles bienveillantes voulaient bien entendre notre requête et mobiliser les mesures nécessaires afin que nous puissions, nous aussi, être soutenus dans nos démarches de perfectionnement et de développement de notre art, nous en serions très reconnaissants... et brillerions d’autant mieux sur vos écrans.

Claudia Ferri
Actrice et membre de l'UDA, d'ACTRA et de l'UBCP.
Montréal, Québec