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Rapport annuel 2017 : message de la directrice générale

10 Novembre 2017

Par où commencer? La bataille pour faire reconnaître les droits des artistes à l’ère numérique? La lutte incessante pour éliminer le travail hors juridiction? Les efforts pour améliorer l’accessibilité au travail? La création du Regroupement des artisans de la musique? La liste est longue des actions, des négociations ardues, des rencontres et des représentations politiques que l’UDA a menées au cours de la dernière année. Ajoutons à cela les défis quotidiens d’équilibrer les ressources et les budgets.

Le numérique et la rémunération des artistes

Les négociations en 2016-2017 ont toutes été teintées par l’explosion des plateformes numériques et leurs effets sur la production culturelle. Même à la scène!

Les théâtres souhaitent capter leurs productions afin de les diffuser, les producteurs indépendants aspirent à élargir leurs marchés et les diffuseurs veulent offrir du contenu sur toutes ces nouvelles plateformes. On ne peut que s’en réjouir. Les artistes aussi désirent que leur travail soit vu et reconnu. Mais à quel prix? Qu’en est-il de la reconnaissance de la valeur du travail artistique dans ce nouveau contexte?

Sous prétexte de la concurrence accrue des géants du numérique tels que Netflix, Google, Amazon, Facebook et Spotify, et du déclin des budgets de production, les producteurs tentent de négocier à la baisse les conditions de travail des artistes. C’est inadmissible. Les artistes sont la source de la création et le moteur de notre culture. On ne peut les réduire à un poste budgétaire ! Rappelons que les ententes collectives prévoient des conditions minimales de travail et que déjà la grande majorité des artistes peine à vivre de son art. Il faut trouver l’argent ailleurs.

À cet égard, l’Union des artistes a participé à toutes les consultations relatives au renouvellement des politiques culturelles du Québec et du Canada. La présidente de l’Union des artistes, Sophie Prégent, s’est faite la porte-parole de trois mémoires déposés tant au ministère de la Culture et des Communications du Québec qu’auprès de Patrimoine canadien. Ces mémoires offrent des pistes de réflexion, émettent des recommandations et proposent des actions réalistes aux seules instances qui sont en mesure de soutenir durablement notre industrie culturelle.

Des négociations difficiles

C’est dans ce contexte que nous avons négocié quelque 20 ententes qui ont conduit au renouvellement de 10 d’entre elles. Nous avons aussi signé 94 lettres d’entente (dont 51 sous l’entente AQPM) au cours de la même période.

L’Association québécoise de la production médiatique

L’UDA et l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM) sont parvenues à une entente concernant les conditions de renouvellement de l’entente s’appliquant aux nouveaux médias. Cette négociation s’est prolongée lorsque les parties se sont butées à un profond désaccord concernant les productions interactives liées ou découlant d’une œuvre télévisuelle ou cinématographique. L’UDA a finalement convenu d’une entente particulière avec les membres de l’AQPM qui produisent des œuvres interactives destinées aux nouveaux médias. Nous amorçons la préparation de la négociation de l’entente cinéma et télévision qui viendra à échéance en 2018.

La publicité

Dire que la négociation pour le renouvellement de l’entente des annonces publicitaires avec l’Association des producteurs conjoints (APC) est difficile relève de l’euphémisme! Après deux ans de négociation, nous sommes toujours en médiation. Lors de l’assemblée sectorielle tenue le 15 mai dernier, devant les demandes démesurées de l’Association des producteurs, notamment en ce qui a trait à l’embauche de non-membres, à l’utilisation simultanée de plusieurs versions et au tarif de la migration d’une publicité vers un autre média (move-over), les 200 membres présents ont voté un mandat de moyens de pression sans équivoque. Les enjeux sont capitaux dans cette négociation, et nous serons vigilants devant toute menace à la portée de la Loi sur le statut de l’artiste. À suivre.

Les comédies musicales

En avril, plus de 200 membres réunis en assemblée sectorielle pour le renouvellement de l’entente des variétés avec l’Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ) ont confié à l’UDA un mandat clair afin de négocier des conditions applicables aux comédies musicales. Auparavant membres de l’Association des producteurs de théâtre privé (APTP), les producteurs de comédies musicales ont choisi d’être représentés par l’ADISQ. Ce faisant, nous avons dû reprendre de zéro la négociation de conditions de travail durement gagnées au fil des ans. Au moment d’écrire ces lignes, une entente de principe a été conclue et sera présentée aux membres au début de novembre pour ratification.

Le doublage

Lors de l’assemblée sectorielle portant sur les ententes avec l’Association nationale des doubleurs professionnels (ANDP) pour les artistes interprètes et les directeurs de plateau, qui s’est tenue en mai dernier, les membres ont accepté de renouveler pour une période de 18 mois les deux ententes collectives avec une augmentation de 2 % des tarifs. Deux mois auparavant, les membres du secteur du doublage avaient visionné en primeur le nouveau logotype « Doublé au Québec » créé en collaboration avec l’ANDP pour montrer clairement les doublages réalisés au Québec et renforcer l’image de marque du secteur du doublage.

Le respect des ententes collectives

Nous assurons sans relâche une vigie des productions québécoises. Ainsi, une quinzaine de visites de plateau ont été effectuées pour nous assurer que le travail sur les plateaux et sur les scènes de spectacle se déroule dans un environnement adéquat. Des milliers de contrats ont été épluchés pour voir au respect des ententes collectives. De nombreux artistes ont ainsi obtenu leur juste rémunération.

Le regroupement des artisans de la musique

Le Regroupement des artisans de la musique (RAM) est né d’un mouvement spontané initié par un administrateur de l’UDA, David Bussières, membre d’Alfa Rococo. Le RAM regroupe les artistes interprètes (UDA), les musiciens (Guilde des musiciens et musiciennes du Québec (GMMQ)) et les auteurs-compositeurs (Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec(SPACQ)). Les principales revendications du RAM visent à replacer l’artiste au cœur du financement. Les sociétés gouvernementales qui gèrent les fonds publics alloués au secteur, dont la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) et Musicaction, doivent revoir leurs critères et leur mode de fonctionnement, notamment en reconnaissant l’artiste autoproducteur. Aussi, les artistes doivent recevoir leur juste part des revenus générés par les nouvelles plateformes d’écoute de musique en ligne, comme Deezer ou Spotify. Les fournisseurs d’accès Internet (FAI), qui donnent accès à cette musique, doivent également contribuer au développement de la création de la musique québécoise. Il est en effet désolant de constater les maigres revenus qui parviennent aux artistes qui créent la musique alors que l’offre aux consommateurs est de plus en plus accessible. Grâce aux nombreuses représentations des co-porte-parole, Florence K et David Bussières, le RAM a fait entendre sa voix auprès des gouvernements qui sauront, on le souhaite, se montrer sensibles au cri du cœur des artistes. Plus de 625 artistes, artisans de la musique et citoyens ont appuyé le mouvement et sa plateforme.

L’accessibilité au travail

Lors de la dernière assemblée générale annuelle, des membres ont soulevé la problématique de l’accessibilité aux auditions. L’UDA a pris acte et a mis sur pied un comité qui se penche depuis sur le sujet. De nombreuses démarches ont déjà été entreprises, notamment auprès des agents d’artistes, des directeurs de casting, des représentants de compagnie de théâtre, des réalisateurs et des dirigeants du Fonds des médias et de la SODEC pour cerner les enjeux. Les conditions difficiles de financement et les coûts associés à la tenue d’auditions, le changement radical du travail où tout va plus vite et la frilosité des diffuseurs qui préfèrent miser sur « des valeurs sûres » limitent l’accès au travail.

Une assemblée d’information s’est tenue le 19 juin où plus de 230 membres ont exprimé leurs préoccupations et posé des questions aux 11 directeurs de casting présents. Ces derniers ont offert plusieurs conseils aux artistes pour améliorer leur chance de décrocher un rôle. À noter que tous ont indiqué utiliser le bottin électronique de l’UDA et encourager fortement les artistes à mettre leur fiche à jour.

Soulignons que l’Union a formulé des recommandations pour améliorer la diversification des talents dans son mémoire déposé dans le cadre de la consultation sur le projet de renouvellement de la politique culturelle du gouvernement du Québec.

La mosaïque culturelle

L’accessibilité au travail est aussi au cœur des revendications des artistes issus des communautés culturelles. Le comité pour la promotion de la richesse de la mosaïque culturelle et artistique du membership de l’UDA a travaillé à l’élaboration d’un plan d’action ambitieux qui propose des activités de réseautage et des partenariats avec les organismes publics (Conseil des arts de Montréal, le CALQ, SODEC, Conseil des arts du Canada (CAC), Téléfilm Canada, etc.) pour favoriser la diversité artistique. Formation, mentorat et représentations politiques sont au cœur des actions recommandées.

L’Union a, dans cette foulée, conduit un sondage auprès de ses membres pour mieux connaître le bassin des artistes de la diversité visible et audible de son membrariat et pour pouvoir établir en tout temps leur portrait précis. Plus de 4 000 artistes ont répondu au sondage. Un exploit! Les efforts de sensibilisation ont porté leurs fruits. Déjà, certains théâtres tiendront des auditions destinées aux artistes issus de la diversité et les bailleurs de fonds ont indiqué leur intention de se pencher sur cette problématique dans un avenir rapproché. Un pas dans la bonne direction.

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes

Depuis que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a lancé la consultation Parlons télé en 2014, l’Alliance québécoise des techniciens de l'image et du son (AQTIS), l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ), la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEC) et l’UDA ont fait valoir au moyen de mémoires et de représentations que des assouplissements en matière de financement de contenu original en langue française auraient des répercussions majeures sur l’ensemble de l’industrie audiovisuelle. En dépit de ces recommandations, le 15 mai dernier, dans sa décision pour le renouvellement des licences des services de télévision de langue française (Québecor, Bell Média, V et Corus), le Conseil retirait l’obligation à Historia et Série + d’investir 1,5 million de dollars par année dans la production de dramatiques de langue française. L’annonce presque simultanée de Corus de cesser la production de fiction québécoise nous a donné raison. Le milieu de l’audiovisuel s’est immédiatement mobilisé pour demander la révision de la décision du CRTC et a eu gain de cause en août alors que le gouverneur en conseil, représentant du gouvernement canadien, a demandé au CRTC de refaire ses devoirs.

L’Union des artistes poursuivra ses efforts pour améliorer les conditions socioéconomiques des artistes en multipliant les représentations politiques et en sensibilisant les décideurs, les diffuseurs et les producteurs à l’importance d’un milieu artistique sain et diversifié qui crée librement et qui rayonne sur toutes les plateformes. Je remercie les membres du conseil d’administration et tous les employés de l’Union des artistes pour leur travail sans relâche et leur dévouement envers la cause des artistes et de la culture.

Parce que la culture est une force. Et parce qu’il n’y a pas de culture sans artiste.

Sylvie Brousseau
Directrice générale de l'UDA