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Hommage aux membres honoraires et aux artistes qui ont marqué l’Union des artistes

15 Décembre 2016

Allocution de Sophie Prégent, présidente de l’Union des artistes
Le 10 décembre 2016, à Montréal



Lise Bacon,
Membre honoraire de l’Union des artistes

Députée du comté de Bourassa  de 1973 à 1976, députée du comté de Chomedey de 1981-1994 et vice-première ministre dans le cabinet Bourassa de 1985 à 1994, et ministre des Affaires culturelles du 12 décembre 1985 au 11 octobre 1989

« Quand on veut changer le monde, il faut être là », disait-elle dans une entrevue accordée dans le cadre de Mémoires de députés. Et vous savez quoi? Elle a réussi! Elle a changé notre monde, celui de tous les artistes avec la loi sur le statut de l’artiste qu’elle a menée à terme, la Loi sur le statut professionnel et les conditions d'engagement des artistes de la scène, du disque et du cinéma!

Elle a toujours cru en nous, les artistes. Elle a cru à la valeur des artistes pour la société québécoise. Elle a été sensible aux problèmes des artistes sur le plan professionnel. Des artistes pigistes qui se retrouvaient dans un vide juridique. Elle nous a écoutés, elle nous a consultés, elle a travaillé et discuté avec nombre d’organisations culturelles, dont l’Union des artistes, alors que Serge Turgeon en assurait la présidence. Elle a porté ce dossier de la loi sur le statut de l’artiste pendant tout son mandat comme ministre des Affaires culturelles, de 1985 à 1989.

Elle y croyait tellement à la nécessité de cette loi qu’elle a mis son siège de ministre en jeu si elle n’obtenait pas sa loi sur le statut de l’artiste!

Elle a réussi à réunir des députés, des fonctionnaires et des intervenants du milieu culturel à travailler ensemble. Un véritable tour de force.

Avec sa loi, elle a donné aux artistes un statut juridique sur le plan fiscal et sur le plan des relations du travail, ce qui a leur a permis d’améliorer leur sort, de pouvoir enfin vivre dignement de leur métier, d’être reconnus comme entrepreneurs pigistes. Elle a permis, grâce à cette loi, que les associations d’artistes comme l’Union des artistes soient reconnues comme des entités habilitées à négocier des ententes collectives avec les producteurs. Comme l’a dit à l’époque Serge Turgeon, alors président de l’UDA, « l’adoption de votre loi mettait fin à l’exploitation et à la négociation sauvage entre les artistes et les producteurs ».

Avec cette loi, le Québec innovait, car, il faut le souligner, une telle loi n’existait ni au Canada, ni ailleurs dans le monde.

Parallèlement à la loi sur le statut de l’artiste, elle a également conclu l’entente Valenti-Bacon qui exige une version française de chaque film américain provenant des majors et distribué au Québec. Elle a négocié durement, car, comme elle l’avait mentionné, « ce n’était pas facile pour les majors d’accepter cela ». Pour elle, il était important que les francophones aient accès à des films en français.

Madame Bacon a dit quelque chose qui devrait tous nous inspirer, elle a eu l’audace de dire « il faut avoir soin de ses artistes, leur donner des possibilités presque de survie par moment, car ça donne une âme au gouvernement, je voulais que notre gouvernement ait une âme d’artiste. »

Pour tout ce qu’elle a fait pour les artistes, nous témoignons aujourd’hui à Madame Lise Bacon notre plus profonde reconnaissance.

Ainsi, en son honneur, nous avons nommé la salle Lise-Bacon la salle où se tiennent les réunions du conseil de direction et où se prennent toutes les décisions de l’Union des artistes.

 

Claude Robinson
Membre honoraire de l’Union des artistes

Créateur et batailleur, voilà comment nous pouvons décrire Claude Robinson. Créateur dans l’âme, il s’est battu pendant presque 20 ans pour faire valoir ses droits d’auteur sur sa création, Les Aventures de Robinson Curiosité.

Cinar est reconnue coupable en 2009 de violation du droit d’auteur pour la création et diffusion frauduleuse de la série et est condamnée à verser 5,2 M$ à Claude Robinson. Le jugement est porté en appel, puis se retrouve en Cour suprême.

Le 23 décembre 2013, la Cour suprême du Canada confirme le jugement de la Cour d’appel du Québec et ordonne à Cinar et à France Animation de payer 4 M$ pour avoir plagié l’œuvre de Claude.

Malgré le jugement en sa faveur, Claude n’a toujours pas reçu de compensation.

Claude Robinson est un phare, un monument pour les artistes, même s’il considère qu’il n’a fait que ce qu’il devait faire. Son courage et sa détermination malgré les obstacles constituent un exemple pour nous tous, mais illustrent également combien il est difficile pour les artistes de se défendre contre les grandes entreprises, les producteurs sans scrupules dans un monde où l’argent règne en maître.

Nous voulions mettre à la disposition de nos membres un espace de création inspirant et significatif : c’est chose faite avec l’espace de création Claude-Robinson, situé au rez-de-chaussée de l’édifice.

 

René Bertrand
Président de l'UDA de 1937 à 1939

On tend à l'oublier aujourd'hui, mais l'Union des artistes a été fondée par un groupe de chanteurs lyriques avec, à sa tête, René Bertrand, en 1937, à une époque où ils pouvaient parfois être payés en cigarettes. Imaginez...

René Bertrand s'était rendu à New York de sa propre initiative pour rencontrer des représentants de l'American Federation of Radio Artists (AFRA). Il en est revenu avec des formulaires d'adhésion. En 1937, le 7 novembre, à l'Hôtel Windsor se tient l'assemblée de fondation de l'UDA, qui porte alors le nom de « Fédération des artistes de la radio ».

Les rencontres se tiennent pratiquement en cachette, mais le tout se déroule assez rapidement, puisque la deuxième rencontre a lieu le 8 novembre, où l'on décide de faire traduire en français les documents d'information et les formulaires d'adhésion.

Lors de la troisième rencontre, le 12 novembre, on décide de regrouper tous les artistes qui travaillent sur les radioromans, soit les chanteurs, les comédiens, les annonceurs et les bruiteurs. À la fin de l'année, on comptait 64 membres.

Les membres de la toute nouvelle association voyaient déjà le besoin de créer des échelles de cachets pour chaque catégorie de membres. L'année 1938 est d'ailleurs marquée par l'établissement d'échelles de cachets minimums.

 

Mia Riddez
Présidente de l’UDA de 1955 à 1957

Mia Riddez est la première femme élue à la tête de l’UDA. C’est sous sa présidence que l’UDA entreprend des démarches afin de se désaffilier du syndicat américain qui chapeautait l’Union à l’époque.

Mia Riddez souhaitait doter l’UDA d’une maison qui permettrait aux artistes de se retrouver, d’abriter des aînés, d’accueillir des artistes en provenance de l’étranger de passage au Québec. Elle avait conclu un accord avec la Société Radio-Canada pour la diffusion annuelle d’un gala des artistes au cours duquel une trentaine d’artistes s’exécuteraient bénévolement au profit de la caisse de secours de l’UDA. Il y en a eu deux tout de même, la grève des réalisateurs ayant mis fin à cette initiative.

 

Jean Duceppe
Président de l’UDA de 1957 à 1960

Toute une personnalité! Jean Duceppe était persévérant, hyperactif, d’autres diront qu’il était batailleur, selon les sources. Pour moi, il était surtout passionné par son métier, et surtout épris de justice. C’est le comédien passionné dont je me souviens. Son côté batailleur a bien servi les artistes membres de l’Union qu’il a représentés avec la fougue qu’on lui connaissait.

Jean Duceppe a été de plusieurs luttes sociales et syndicales. Rappelons-nous le contexte : nous étions aux balbutiements en matière de relations du travail. Au tout début de son mandat comme président de l’Union, il s’implique en septembre 1957 contre le gouvernement antisyndicaliste de Duplessis, ce qui l’a très bien préparé, on s’en doute, à amener l’UDA à appuyer les réalisateurs en conflit contre la Société Radio-Canada dans leur grève pour de meilleures conditions de travail, en 1958. Dès le déclenchement de la grève, les membres de l’UDA s’engagent à ne pas franchir les piquets de grève, et ce, jusqu’à la fin de la grève, en mars 1959.

S’il est connu pour son soutien à la grève des réalisateurs, il a mené à terme plusieurs dossiers. Il s’est battu pour la désaffiliation au syndicat américain entamée par sa prédécesseure Mia Riddez, et c’est sous sa présidence qu’on a édicté les premières règles de l’industrie du cinéma, qu’on a entrepris des études en vue d’élaborer des règles du théâtre et que l’UDA a adopté une convention sur la postsynchronisation.

 

Pierre Boucher
Président de l'UDA de 1962 à 1966

C’est Pierre Boucher qui a eu l’idée de créer la Caisse de Sécurité du Spectacle, devenue plus tard la Caisse de sécurité des artistes (CSA), qui a été fondée en 1966. C’est aussi lui qui a eu l’idée de faire contribuer les producteurs au régime de retraite des artistes membres de l’Union.

Il a été l’un des premiers présidents de la Fédération internationale des acteurs (FIA) et, en 1972, il inaugurait un colloque à Tachkent et Moscou, en URSS, où il abordait la question de « L’acteur et les cultures nationales » et parlait des enjeux de la culture et du métier d’artiste, et de leur place dans la société, « dans une société régie par les chiffres », avait-il dit. Il soulevait le problème de l’artiste dont le travail n’était considéré que comme un « simple produit et que leurs publics, de simples marchés. »

 

Louise DesChâtelets
Présidente de l'UDA de 1980 à 1983

Durant l'engagement de Louise au sein de l'UDA, des changements s'opèrent. C'est l'effervescence sur le plan politique. On sent aussi un changement de mentalité au sein de l'UDA qui n'hésite pas à s'engager dans des batailles et lois pour la protection de la langue française. Durant sa présidence, l'Union se prononce en faveur de la souveraineté-association.

Louise a organisé une manifestation pour dénoncer la lenteur de Radio-Québec (aujourd'hui Télé-Québec) à négocier une première entente collective après un arrêt de travail des membres de l'Union qui avait duré près d'un an.

On vous doit, Louise, la structure de l'UDA telle qu'on la connaît aujourd'hui. Si la décision de créer le poste de directeur général s’est prise sous la présidence de Robert Rivard, vous avez, à titre de successeure de Robert, transformé la gestion de l'UDA en mettant de l’avant ce changement important. Un changement qui a eu pour effet d'assurer une stabilité dans le fonctionnement administratif de l'Union malgré les changements au conseil d'administration.

Enfin, je tiens à souligner que Louise DesChâtelets a été la plus jeune artiste à la présidence de l’Union des artistes depuis sa fondation, en 1937.

 

Serge Turgeon
Président de l’UDA de 1985 à 1997

Ardent défenseur des créateurs, Serge Turgeon a marqué l’histoire de l’Union grâce aux gains historiques obtenus durant sa présidence, soit la loi sur le statut de l’artiste, au Québec, et celle au fédéral, en vigueur respectivement en 1987 et en 1992.

Pour Serge Turgeon, il était important de reconnaître le rôle de l’artiste dans la société, « sa part de risques, comme sa part de droits » et, dans une lettre adressée à la ministre Lise Bacon, il avait écrit :

« Les artistes, Madame Bacon, en particulier les artistes interprètes que je représente, sont déterminés à aller jusqu’au bout de leurs revendications légitimes. Le temps est venu de passer aux actes francs. C’est la mobilisation dans le milieu. Et elle sera totale. Nous irons jusqu’au bout, dans le respect et la dignité de ce que nous sommes, pour l’obtention d’une loi – et rien de moins – sur le statut de l’artiste. »

Sous la présidence de Serge Turgeon, des membres feront plusieurs voyages à l’Assemblée nationale pour plaider leur cause, en vue d’obtenir une reconnaissance de leur statut d’artiste, notamment lors d’une manifestation costumée au cours de laquelle des membres incarnent des personnages historiques de la vie politique du Québec.

Au fédéral, Serge Turgeon s’implique dans le Comité consultatif canadien sur le statut de l’artiste pendant quatre ans. La loi fédérale sur le statut de l’artiste sera votée en 1992.

 

Gaëtan Montreuil
Nommé président de la CSA en 1993

Vous êtes le seul qui n’a pas été président de l’UDA. Vous vous êtes impliqué à l’UDA et à la CSA pendant près de 25 ans. Tout un bail!

En effet, votre engagement au sein du conseil d’administration de l’UDA s’est échelonné de 1976 à 2000. Pendant ce quart de siècle, vous avez siégé au conseil d’administration de la CSA à partir de 1985, puis en êtes devenu trésorier en 1988 et le président à partir de 1993.

Si c’est à Pierre Boucher que revient l’idée de créer la Caisse de sécurité, on vous doit à vous, à Gaëtan Montreuil, la mise sur pied de notre filet social tel qu’on le connaît aujourd’hui.

Vous avez piloté en 1985 une refonte majeure de la Caisse de sécurité des artistes qui s’appelait alors la Caisse de sécurité du spectacle depuis 1976. Cette refonte comprenait des changements profonds dans la gestion du régime de retraite qui était, à l’époque, rappelons-le, géré conjointement par les producteurs et l’UDA.

Vous étiez convaincu que les artistes pouvaient assurer eux-mêmes la gestion de leurs avoirs ‒ et c’est ce que fait la CSA depuis avec, entre autres, le programme d’assurance collective adapté à des artistes pigistes, le Fonds COPAR, soit le fonds de congés payés pour l’artiste, pour les artistes admissibles, et le régime de retraite, notre REER collectif.

Vous aviez à cœur le bien-être des membres et comme vous le disiez dans Avis d’artiste, en 1997, « il faut avoir un juste équilibre entre le cœur et la calculatrice ».

Et finalement,

Pierre Curzi
Président de l’UDA de 1997 à 2007

Président de l’UDA de 1997 à 2007, vice-président de la Fédération internationale des acteurs, de 2004 à 2007, cofondateur de la Coalition canadienne pour la diversité culturelle en 1998 et coprésident de la Coalition jusqu’en 2006.

Trois mandats consécutifs, voilà qui en impose! Vous avez, Pierre, œuvré à améliorer plusieurs volets en termes de relations du travail. Sous votre présidence, l’UDA a obtenu de nouvelles juridictions : metteurs en scène, danseurs et directeurs de plateau en doublage. Et que dire de la victoire en ce qui a trait au paiement des heures de répétitions au théâtre? Un combat qui a porté ses fruits.

Artisti, la Société de gestion collective des redevances a vu le jour sous votre présidence, lorsqu’est apparu le nouveau régime de redevances découlant des droits voisins pour les chanteurs, choristes et musiciens.

Sous votre présidence, le répertoire en direct, la première version du bottin électronique, a été mis sur pied, un outil aujourd’hui essentiel pour l’employabilité de nos membres. Une révision de fond en comble des statuts et règlements a été effectuée. Pas passionnant pour certains, mais fondamental pour une organisation comme l’Union.

Sur le plan international, votre implication dans la création de la Coalition canadienne de la diversité culturelle a aidé le milieu culturel, tant francophone qu’anglophone, et de partout au Canada, à mettre en lumière les enjeux de la mondialisation et les risques d’uniformisation des cultures, ce qui a mené à la création de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions artistiques à l’UNESCO. Votre contribution à la création de ces deux entités s’avère fondamentale pour la protection de la culture dans ce qu’elle a d’unique.

Pour toutes ces raisons, chers invités,

nos salles portent le nom de ces personnes qui ont fait l’histoire de l’Union des artistes. C’est en l’honneur de ces artistes, dont certains nous ont quittés, mais que nous n’oublions pas, en l’honneur des personnes qui sont parmi nous ce soir, accompagnées de membres de leur famille et d’amis, que nous avons souhaité vous réunir aujourd’hui pour souligner leur immense contribution à l’Union.


Un grand merci.