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Qui trop embrasse...

1 Juin 2014
Sophie Prégent
Juin 2014


Ma mère a longtemps enseigné la musique à la maison. Mon premier rapport à l’art s’est fait grâce à la musique. Ma mère était pianiste. Mon père, lui, qui n’y connaissait rien, syntonisait Ciel FM et nous réveillait le samedi matin au son de la musique presque exclusivement francophone. À l’époque je buvais les paroles des chansons de la radio, je m’abreuvais au son de la musique, et aujourd’hui encore je n’ai pas oublié ces paroles qui ont coloré mon enfance. Je les ai fait miennes. Les chansons ont cette qualité, elles se donnent, se laissent «s’approprier». Elles deviennent les souvenirs ou les émotions de notre vie. En fait, la musique, c’est le chemin le plus court que l’âme a trouvé pour se rendre au coeur. Musique égale bagage. Musique égale vécu. Égale accompagnement. Musique égale parfum, effluve, joie, tristesse, battements de coeur. Musique égale vie. Elle est universelle, elle est à tous. Elle est aimée, et elle l’est partout. Partout! À la maison, dans la voiture, dans un iPad, dans un téléphone intelligent, sur YouTube, sur la radio satellite, en diffusion continue sur Internet, ou en streaming comme on dit plus souvent, sur un support, sans support, sur Zik, Pandora ou autre, bref, elle est aimée et consommée.

Mais «Qui trop embrasse, mal étreint».

Dans la notion d’amour, est incluse, selon moi, la notion de prendre soin. Or, dans le cas qui nous occupe, ce n’est malheureusement pas le cas. Très aimée, oui sans doute, mais mal comprise cette musique. Derrière celle-ci existe une industrie extrêmement lourde mais tout aussi fragile. Une machine énorme avec beaucoup d’intervenants et beaucoup de ramifications. Mal comprise disais-je. Pour ma part du moins. Question de temps. J’y arrive et j’apprends très vite. Par contre j’ai vite compris l’essentiel. Toute cette énorme machine repose sur une seule chose : le talent des artistes. Pas d’artistes, pas de machine. Pas de talent, pas de machine. Pourtant les artistes sont mal payés. Très mal payés! Combien mal payés?... Ouf. On ne sait pas. Pourrions-nous refaire le chemin inverse, et remonter la chaîne de façon à parvenir à une certaine traçabilité de chaque dollar investi par nos institutions pour comprendre le phénomène de la production, et où se retrouvent les sommes investies? Comment sont-elles dépensées, ces sommes?

Le cancer est très avancé.
Il y a péril en la demeure.
Il est moins une.
Les solutions?
Comprendre et étudier? Oui, mais encore.
Revoir le modèle? Collectivement se sensibiliser? Sûrement.
Changer nos habitudes? Sans doute.
Indéniablement, faire vite, ça presse.
Mon agenda déborde de réunions du secteur de la musique, et un blitz de négos y est déjà coulé dans le béton. Faut croire qu’on loge tous à la même enseigne, l’urgence de régler les choses.
Très bonnes nouvelles, j’y crois, et j’y tiens moi aussi.
Nous aurons à nous asseoir avec des gens de l’industrie qui défendent des intérêts différents des nôtres, nous artistes, et à trouver des solutions pour que le milieu survive, compte tenu de la mouvance du marché et de l’adaptabilité de l’industrie. Pour une fois marcher ensemble? Idéalisme quand tu me chantes à l’oreille...

Il faudra, sans doute, apprendre à aimer autrement.

Ici plutôt qu'ailleurs

Je tiens à souligner publiquement que nous appuyons les démarches de la Société Radio-Canada et qu’elle peut compter sur le soutien et l’apport de l’Union des artistes. Il serait grave que, pour des raisons budgétaires, une grande partie des artistes et artisans qui ont tenu cette entreprise à bout de bras, et qui sont encore le pouvoir créatif et la vision d’avenir de cette boîte, soient réduits au silence et, amputés de la possibilité de créer, de faire avancer les choses, dans un univers artistique francophone qui a encore besoin de se battre pour affirmer qui il est. On est à la limite du mauvais goût.


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